Depuis, le 22 décembre dernier, avec la mort du Président Lansana Conté, et surtoutSylla_F, depuis le 23 décembre, avec l’arrivée sur la scène politique guinéenne, de jeunes militaires, totalement novices en gestion d’une machine aussi lourde et aussi complexe qu’un Etat, les grands fauves et les petites souris, tous à la fois, sont encore sortis des buissons, où ils faisaient leurs guets depuis la semaine incertaine du décès.

Les voici donc qui rappliquent, isolément ou par troupeaux entiers, ces fauves assoiffés de pouvoir ou de positions privilégiées, pour un autre dépeçage en règle de nos ressources communes.

Les voici encore, ces hordes de souris, monter à l’assaut des nouveaux forts du moment, pour se positionner rapidement, en vue du grignotage insatiable de notre patrimoine commun.

Ils sont sortis des fourrés, ces cyniques rapaces, tenants insatiables d’un système vorace et insouciant. Ils ont déguerpi de Kaloum, de Boulbinet, de Sékoutouréya, du Camp Samory… Ils galopent désormais, de l’aube sonnante au crépuscule tombant, vers le Camp Alpha Yaya Diallo, en haute banlieue, résidence du CNDD.

Comme des essaims d’abeilles attirés par le baume des fleurs, ils sont là à humer l’odeur du pouvoir. Ils s’enivrent de ses relents, s’entichent de ses senteurs, bavent de son arôme et, toujours harponnés par leurs obscurs intérêts, virevoltent au tour du nouveau tabernacle, avant de s’abattre goulûment sur les éventuelles proies.

Mais, cette fois, je te dis, pêcheur en eau trouble, tu ne m’auras pas !

Tu ne m’auras pas, parce que, depuis si longtemps que tu ne fais que ce que tu fais, en tout lieu et en toute circonstance, sans recul et sans vergogne, tu es devenu trop visible : gros comme le nez au milieu du visage.

Non, cette fois, tu ne m’auras pas ! Toi, coquille de politicien, vivant de slogans éculés et de harangues insensées et incendiaires, juste taillés sur mesure pour m’éblouir, tissés de haine et de division, entrelacés d’attaches ethniques, de nœuds racistes et de boucles régionalistes.

Tu ne m’auras pas ! Politicien sans aucun projet ni programme de société, juste arcbouté sur le socle de l’ethnie, refuge des faibles et des médiocres, berceau des pédants et des limités professionnels et sociaux.

Tu ne m’auras pas leader satanique, toujours à la quête d’une troupe tribale, parce que, naturellement non compétitif, tu ne peux revendiquer aucun autre mérite, aucune autre expertise, aucun charisme mobilisateur.

Non, cette fois, tu ne m’auras pas ! Tu ne m’auras pas, moi, homme de Guinée, moi, femme de Guinée, moi, Guinéen d’aujourd’hui et de demain, et de toujours. Tu ne m’auras plus, parce que je t’ai vu… et je te vois.

Je t’ai vu à l’œuvre, leader d’opinions, harangueur de foules, draineur de masses. Tu m’as fait tellement de promesses, tu mas cultivé tellement de joies éphémères et d‘espérances vaines ! Et puis après, face à l’amertume que tu lisais sur mon visage, tu m’as abreuvé de tellement de haine contre l’autre, cet autre dont tu as fait (souvent et toujours) le bouc émissaire de tes errances, de tes carences, de tes échecs.

Cet autre qui, au fond, n’était, n’est et ne sera qu’un élément de ma Famille-Guinée, un frère à moi, une sœur à moi, mes partenaires naturels dans le combat commun pour le décollage économique de notre pays !

Tu m’as dit, et fait comprendre, et accepter, que c’est eux, les causes de ma misère personnelle et celle des miens, eux, mes affameurs, eux, mes ennemis… à éviter comme la peste, à combattre sans répit, à abattre sans pitié !

Tu m’as dit que mon ethnie est la meilleure, la plus noble, la plus grande, la plus intelligente, la plus belle, la plus forte, mais aussi la plus menacée, la plus…. Oh basta !

Pour ta cause personnelle, pour ta jouissance animale, pour tes ambitions machiavéliques, tu m’as instrumentalisé, tu m’as chosifié, tu as chloroformisé mon esprit, étouffé ma lucidité, étranglé ma personnalité. Tu m’as arraché mon cœur d’humain, mon cœur de Guinéen, mon cœur d’Africain. Tu m’as programmé comme un robot, à ne plus pouvoir voir de moi-même, à ne plus apprécier les situations et les réalités. Tu m’as programmé à haïr et à broyer du guinéen. Oh, Dieu !

Mais, aujourd’hui je te dis : cela c’était hier !

Je te dis, cette fois, tu ne m’auras plus ! Tu ne m’auras plus, parce que je ne te laisserai plus faire, je ne me laisserai plus faire.

Cette fois, tu ne m’auras pas, parce que de ce pas, je vais au Camp Alpha Yaya. Je m’en vais dire aux jeunes soldats du CNDD :

« Attention, mes gars, attention… ils sont encore là ! Celui-là qui, un jour, jurait, par Sékou Touré, et un autre jour, le blasphémait, puis, jurait par Lansana Conté, et aujourd’hui... »

Ils sont là, les faucons de tous les régimes. Ils sont encore là, ceux qui ont leurré Sékou Touré et s’en sont beurré. Ils sont là encore, ceux qui ont noyé Lansana Conté et s’en sont vanté, avant même les funérailles.

Ils sont là, les silures de toutes les républiques. Ils sont encore là, ceux qui, depuis cinquante ans, se sont mués en virtuoses de toutes les acrobaties et de tout retournement de veste, pour surfer au perchoir et racler à la mangeoire, sans scrupules ni dignité.

Ils sont là, les causes et acteurs vivants de toutes les échecs et de tous les drames de la Guinée, au clair comme au noir, et… ils sont encore et toujours là !

Je dirai aux jeunes soldats du CNDD : "Oui, chacun de nous a un parent qui nous a, un jour ou l’autre, soutenu. Oui, chacun a une relation qui nous a, un jour ou l’autre, aidé dans notre carrière ou dans la vie tout court. Oui, cette personne-là peut faire partie de ces dignitaires de tous les régimes passés. D’accord !..."

Mais, devant les défis urgents et incompressibles qui nous interpellent aujourd’hui, il serait sage et responsable de renouveler, de fond en comble, la gouvernance de l’Administration et de la superstructure politique de ce pays.

Il s’agira, pour les nouveaux dirigeants, de se prémunir de courage et de dextérité, pour dire et faire comprendre à ces parents et autres relations, que l’on ne peut plus faire du neuf avec de l’ancien. Autrement, l’on ne ferait que porter la chaussure sur des épines.

Et alors, sans un seul soupçon d’ingratitude, mais aussi sans acrimonie ni hypocrisie, on leur aura fait comprendre que le destin de la Guinée exige que l’on se passe désormais des nominations par cooptation ou par copinage, pour célébrer enfin le mérite et l’excellence.

Ainsi dit et ainsi fait, la nouvelle Administration se sera débarrassée des pesanteurs habituelles et nocives comme la parenté (même incompétente), l’ethnie (même rétrograde) ou le copinage (même immoral). Les postes et autres responsabilités seront ainsi fonction, non pas du « barakkalauréat », comme ils aiment le dire, mais bien du baccalauréat, non pas du « neveu-de-la-femme-de-Mr. Excellence », mais du « que-sais-tu-faire-exactement ? ».

Tu commences à comprendre que cette fois, tu ne m’auras pas ?... Non !?

Bon, alors, allons au sérieux du détail !

Je dirai aux jeunes officiers du CNDD : « Attention à nos gros commerçants, ces opérateurs économiques, frileux trafiquants sous Sékou Touré, impitoyables spéculateurs et imbattables corrupteurs sous Lansana Conté. Ils ne comprendront aucun autre message, si ce n’est celui des règles régaliennes de la force publique. Ceux-là que mon ami Oscar du Lynx a surnommé « Opérateurs comiques », sont en fait des « opérateurs dramatiques », dès que le pouvoir les prendra en copinage. Ils ont pris le pli du brouhaha, du dérèglement, de la corruption et de l’impunité, à un point tel, durant ces vingt dernières années, qu’ils ne savent plus faire du vrai commerce, si ce n’est bluffer le fisc et multiplier les prix au gré de l’humeur et de la tête du client. Leur parler n’aura aucun effet d’amélioration. On les a souvent vus à l’œuvre avec Lansana Conté. Ils ont, depuis longtemps, transformé les marchandises, et en particulier le riz et le carburant, en des armes de déstabilisation du régime. »

Je dirai au CNDD : « Attention aux coursiers des sociétés minières ! Toutes ces compagnies qui opèrent, à ce jour, dans les mines de ce pays, sont toutes devenues des caisses financières personnelles ou familiales. Depuis Sékou Touré déjà, certaines familles s’y sont assurées des prébendes héréditaires. Et cet état de fait s’est empiré sous Lansana Conté, et ne vous attendez pas, là non plus, à la vertu des belles paroles ! C’est un monde de caïmans, avec de véreux sous-traitants locaux et de puissants lobbys internationaux, complices actifs, faiseurs et défaiseurs de régime, selon leurs intérêts nettement loin des nôtres. »

Je dirai que, pendant que je parle de caïman, les eaux poissonneuses de Guinée n’arrivent plus à pourvoir la marmite du guinéen, mais garnissent plutôt les grandes tables d’Europe, d’Asie et d’ailleurs, avec des « poissons nobles » pour les devises et le résidu pour nos marchés. « La Guinée importe le poisson comme elle importe le riz ! », a souvent et rageusement crié notre frère Baba Gallé Barry de la Confédération nationale des pêcheurs. En vain ! 

Ce que l’on nomme pompeusement « les armateurs » en Guinée, ne sont en fait, que d’obscurs intermédiaires pour le transbordement en mer et l’évasion de nos ressources halieutiques. Et ils sont légion et… très puissants.

Quoi !? Tu veux que j’arrête là ? Que nenni ! A l’heure des bilans comme à l’heure des bilans !

D’ailleurs, je te vois et j’ai la nausée : toi qui, en tes éphémères moments de puissance, as fait main basse sur ton logement de fonctionnaire, toi qui as tripoté les papiers pour attester que tu as racheté ce domaine et ses dépendances, toi qui as falsifié les documents pour mettre ces patrimoines publics au nom de ton épouse ou de tes enfants, privant ainsi, toutes les autres générations successives de fonctionnaires, de l’insigne privilège dont tu as bénéficié lorsque tu étais à la quête d’un logis.

Non tu ne m’auras plus, toi qui, sans scrupules, as chaque fois dépouillé tes bureaux pour transférer tous les meubles à ton domicile, dès que tu es muté ou dérangé. Toi qui as dévalisé toutes les villas des hôtes dans l’arrière pays, pour équiper tes propriétés. Toi qui as personnalisé les plaques minéralogiques de tous tes véhicules de fonction ou de service, pour les offrir après, aux membres de ta famille et autres sujets de ta cour.

Eh, c’est encore toi que je vois là ? Oh, merde ! Toi qui as volontairement déstructuré le Ministère des Travaux Publics, pour te refiler, à toi-même ou à tes sujets, tous les marchés d’entretien routier à travers des sociétés prête-noms dont tu es le seul patron. Toi qui, dans les sociétés minières, soumets l’ouvrier guinéen à un véritable esclavage mal rémunéré parce que tu interceptes son vrai salaire et t’en sers à travers tes réseaux iniques de sous-traitance.

Tu ne peux plus m’avoir, parce que, là-bas, au Camp Alpha Yaya, face au CNDD, je dénoncerai ces entreprises comme : 

« Valoris » et « Forêt-Forte » qui, depuis des années, rivalisent dans le ravage de notre flore, en engraissant uniquement et cyniquement les dirigeants locaux et nationaux, au détriment de nos collectivités.

"Ciments de Guinée" qui –disons-le maintenant- n’a rien de guinéen que l’écriteau sur l’emballage (le clinker est importé d’ailleurs et, à la Guinée l’ensachage et les prix hors normes, en dépit des exonérations à vous couper le souffle, avec un blocus et un motus acéré sur les immenses ressources en clinker de Souguéta, dans Kindia),

"Moulins de Guinée" (encore un autre bluff qui, à force de lavage de cerveau médiatique, poursuit son ravage financier, sans permettre au guinéen lambda de se procurer une miche de pain à un prix raisonnable),

CBK, Friguia, Arédor, Semafo, Sag…, des tonneaux de danaïdes : des petits avions toujours bien garnis qui partent, chaque jour, directement de Siguiri, Gbènko, Léro…pour des destinations inconnus du guinéen lambda, j’enrage !

Ah oui, je ne peux oublier de rappeler mon port, le Port de Conakry, le seul port commercial que ce pays possède, et que tu as bradé à des roturiers, pour l’amarrer indéfiniment dans une positon d’éternel port secondaire dans la sous-région ;

Je n’oublierai pas ma voie ferrée (Conakry-Niger), la seule ligne ferroviaire de transport public que j’avais, et que tu as sauvagement arrachée, pilée et malaxée dans tes canaris pour tes gourmandes et malsaines libations ;

Et puis, le comble : mon aéroport !!! La seule porte de fière entrée que je possède, et que tu as assujetti à tes réseaux occultes, en imposant sur ses installations, depuis de longues années, un véto exclusif qui le maintient absurdement dans un état de hangar primaire et déshonorant, tout en renvoyant insidieusement la plupart des compagnies aériennes qui le fréquentaient…

Non, je te vois parfaitement bien : toi qui as rageusement asphyxié et démantelé Sogetrag, cette vigoureuse société de transport urbain et interurbain qui nous arrangeait tant, nous les guinéens d’en bas, mais qui empêchaient les taxis de ton épouse et les minibus de la belle-mère de faire des recettes, alors tant pis pour moi !

Toi qui as piétiné le projet de voie ferrée Kaloum-Débélé (36 km) dont j’aurais pu bien profité, parce que moins cher pour le transport des passagers et bagages, mais tu l’as bloqué pour permettre à tes camions-remorques et porte-containers de continuer à faire des profits sur les commerçants et autres unités industrielles en haute banlieue de Conakry.

Tu ne m’auras plus ! Toi qui, en tes positions de gloire éphémère, as profité, en tout délit de faciès, à garnir nos chancelleries, de parfaits troubadours à la formation approximative, et nos résidences diplomatiques de parfaits incultes, des souris de nos maigres ressources en devises, justes bons pour des parades foraines et, tous les jours, attelés avec hargne à des louches transactions, donnant ainsi de mon beau pays, une image de vaudeville avec sa charge de bouffonnerie !    

Je te dis, cette fois, tu ne m’auras plus !

Même si, comme tu l’as déjà commencé, tu envoies des escadrons chez de respectables citoyens guinéens, pour les agresser, les offenser, les humilier et faire porter le chapeau à nos jeunes dirigeants, pensant encore, comme tu en as l’habitude, semer la confusion et lever des troupes de guinéens les unes contre les autres, en vue de continuer à faire prospérer tes sales affaires sur les cadavres de nos enfants.

Non, cette fois, tu ne m’auras pas ! De telles manigances lugubres ne piégeront d’ailleurs, que ceux qui ne se seraient pas donné le temps d’un petit recul, pour déceler tes fourberies habituelles et ton intarissable soif de sang.

Le CNDD veut entrer dans l’Histoire par une transition non barbare et cela ne t’arrange nullement, ainsi que tes fétiches, insatiables vampires !

Mais, je t’apprends que nous, tu ne peux plus nous épouvanter : on n’est plus disposé à jouer au bétail pour canons, comme tu nous as toujours poussé à le faire, pendant que toi, recroquevillé avec femmes et enfants sous ton lit ou arpentant les ruelles sous d’autres cieux, tu attends de compter les victimes, en larmoyant hypocritement sur les tombes, prêt à cueillir les fruits de notre sacrifice dès le retour de l’accalmie.

Non, cette fois, tu ne m’auras pas ! 

Parce que, au fil du temps et des drames, j’ai fini par comprendre qu’il n’y a, en fait, que deux ethnies en Guinée : l’ethnie de ceux qui, depuis l’indépendance nous tiennent en laisse, nous affament, tout en pillant éhontément notre économie, et celle du guinéen qui continue à subir le statu quo de la pauvreté et de la descente aux enfers, instrumentalisé et télécommandé pour des causes dont il est loin de soupçonner les enjeux, brimé et broyé, si jamais il se hasardait à demander des comptes à ses gérants.

Retiens-le pour dit : NON, TU NE M’AURAS PLUS JAMAIS ! 

Et d'ailleurs, il serait mieux pour toi de rentrer chez ta maman, comme te l’ont généreusement recommandé les jeunes officiers du CNDD, pour ne pas provoquer, à force d’insister, le courroux de ceux qui te voient parfaitement dans ton habituel rôle de lézard, c'est-à-dire celui-là qui ne peut grimper qu’en rampant.

Allez ouste, rentre chez ta maman ! La Guinée te rappellera, quand elle aura besoin de toi, et si jamais, elle aurait encore besoin de tes services.

Certaines attitudes trahissent la noblesse, écorchent la dignité, n’est-ce pas Sidoux, mon ami !

Fodé Tass Sylla

Rédacteur en Chef