Fod__Tass_SyllaInutile de jouer à l'autruche. Le monde va mal. La planète tremble. L'économique nous étrangle. Le pétrole caracole. Les transports et les denrées s'affolent. Les hommes s'interrogent sur le lendemain. Les nations s'inquiètent de demain.

Alors question : lorsque la planète tremble, et chacun sait parfaitement qu'elle tremble en cet instant précis; lorsque l'économie dégringole, et elle est déjà au tréfonds de la récession; lorsque le pétrole nous échappe, et il nous a déjà échappé; lorsque tous les voyants sont au rouge, et ils sont visiblement à l'écarlate; lorsque le navire tangue et que le gouvernail secoue tous les décideurs, partout dans le monde, quel héroïsme voulons-nous démontrer en rajoutant à la détresse de nos populations par des hauts cris d'oiseaux de malheur ?

Le moment est grave. L'instant est délicat. L'environnement social est explosif. La paix, la quiétude et la sérénité sont si fragiles aujourd'hui que les nuits sont tissées de cauchemars et les journées, chargées d'incertitudes et arides en sourires.

A ce niveau justement, l'intellectuel, dont le rôle essentiel est de réfléchir sur les problèmes de sa société et proposer les solutions idoines, ne devrait-il pas, en toute responsabilité revoir ses copies et faire la mue vers l'utile et le positif ? L'essentiellement utile et le résolument positif ?

La sagesse aurait voulu que nous,  intellectuels, penseurs, écrivains, journalistes, politiques... chaque leader d'opinions accepte de se cultiver une grande dose de lucidité, de recul et de charité pour ne pas sacrifier l'essentiel à la valse légère des humeurs. Il s'agira donc de réinventer, en toute urgence, de nouveaux discours.

Le monde en général et les pays pauvres en particulier ont plus que jamais besoin aujourd'hui de discours apaisants au lieu de harangues incendiaires, de discours rassembleurs au lieu de diatribes anarchistes, de réflexions à des solutions en lieu et place de redondants, dangereux et irresponsables appels au chaos général. L'on a besoin de visions nationales ou planétaires au lieu de mesquineries improductives d'attaques personnalisées, bref l'on a besoin de discours positifs parce que constructifs.

Les médias en général, et la presse électronique en particulier, donnent aujourd'hui une très grande possibilité et une foultitude d'opportunités pour s'exprimer. Mais l'intervention sur nos tribunes publiques (radios, télévisions, journaux, internet, amphithéâtres, meetings etc...) ne devrait-elle pas imposer des exigences morales et des obligations responsables, dans la mesure où l'oreille des foules engage la quiétude des sociétés.

Ce qui se passe aujourd'hui dans nos médias, et en particulier sur les sites web, crée l'interrogation, l'incompréhension et parfois, le désarroi dans l'esprit de nos braves populations. C'est à se demander si parmi les intellectuels guinéens, une certaine catégorie ne s'était pas donné pour mission essentiel de mettre le feu à ce pays. 

Les raisons de ces comportements ne nous intéressent que peu. Elles peuvent être politiques ou économiques. Elles sont généralement basées sur des jeux d'intérêt difformes et diffus. Elles ne gagneraient rien d'honorable cependant si leur ressort de fond n'est pas le bien-être et la quiétude des guinéens.

Les motivations subalternes comme l'ethnie, le nihilisme intégral et le négativisme insensé envers toute action qui ne viendrait pas du "parent", ne peuvent rien apporter de bon et de beau à ce pays. La dépréciation aveugle de toute action non cataloguée "régionale", les invectives ciblées, les insanités plates envers des personnes physiques, fussent-elles des dirigeants, les appels au soulèvement et à la vendetta pour des raisons inavouées mais perceptibles dans les trébuchements de langage, tous ces raffuts qui pullulent dans nos écrits ne font honneur ni à la Guinée ni à leurs auteurs.

La Guinée, son peuple si intelligent et si volontaire, méritent mieux que ce sort médiocre réservé à elle par ses dirigeants depuis cinquante ans. J'en conviens ! D'autant plus que ces dits dirigeants proviennent généralement de l'intelligentsia nationale. Mais ce fait donne-t-il le droit de transformer le droit à l'expression en droit de lyncher, de médire, d'injurier ?

Le drame de la Guinée ne vient-il pas de ses intellectuels, de ses leaders d'opinion, de ses acteurs sociaux dont la plupart se fourvoie fréquemment en pensant faire le héros et l'élite dans la consommation effrénée et carnassière de la vie privée de l'autre ?

Cet "autre" qui, en fait, n'est que son frère et n'aurait dû être que son partenaire dans le combat essentiel pour le développement du pays ?

Cinquante ans après son indépendance, la Guinée mérite mieux que ces estocades d'épicerie où la vérité est pour celui qui aura crié plus fort. La Guinée a besoin de réflexions calmes, sereines et lucides pour trouver enfin une voie à son bonheur.

Et pour cela, il faudra une nouvelle voix qui balisera cette nouvelle voie. Et non des sempiternels rechignements sur "Sékou Touré, le héros ou le tyran", "Lansana Conté doit se faire un maquillage", "Lansana Kouyaté voyage avec ses chiens" ou "Ahmed Tidiane Souaré fait la pléthore".

Non, messieurs ! Veuillons inventer un autre discours loin de nos humeurs étriquées et plus proche des préoccupations de nos populations qui, un jour se sont saignées pour nous fournir ardoises, craies, cahiers et plumes dans l'espoir que nous leur éclairerions plus tard le chemin. Arrêtons de leur assombrir la voie et de leur retourner l'estomac à chaque fois que nous prenons la plume. Non, nous n'avons aucun honneur à retourner la torche dans le visage de ces braves  populations pour les éblouir, les étourdir, en un mot les empêcher de vivre dans la paix du cœur et de l'esprit.

A ce jour, ce peuple est menacé de famine par l'étranglement de l'économie mondiale. Nous ferions œuvre utile en cherchant ensemble des idées lumineuses et des voies pragmatiques pour gérer la crise du pétrole qui frappe sans discernement, la crise du riz qui s'annonce, la crise de l'emploi, celle de l'école, de la santé et j'en passe.

Il ne s'agira certainement pas, cette fois encore, de se réfugier derrière des accusations stériles contre un gouvernement qui, en toute honnêteté, est confronté aujourd'hui à un chantier que nul autre gouvernement n'a jamais affronté dans ce pays: le chantier du gigantesque puits que nous avons patiemment creusé, tous ensemble, durant cinquante ans, doublé -oh! comble de malchance- d'un contexte international spécialement défavorable.

Le doyen Bâ Mamadou de l'UNR l'a souligné dès Avril 2007 sur Familia FM : " Lansana Kouyaté s'est trompé en pensant régler les problèmes de la Guinée en si peu de temps. Il lui faudra des années pour combler le grand trou dans lequel nous avons tous concouru à enfouir notre pays...".

Le paradoxe est que tous les intellectuels guinéens qui écrivent aujourd'hui sur les différents sites sont parfaitement conscients de cette réalité. Le dilemme reste cependant que chacun semble jouer à l'autruche et tous cherchent pour parade la délation, l'invective, l'accusation de l'autre.

Et le nouveau Premier Ministre Ahmed Tidiane Souaré, après un petit temps de grâce, commence lui aussi à récolter les boulets rouges de ces spécialistes du lynchage médiatique. Oh, Dieu !!!

En définitive, les internautes de Guinée se livrent une guerre qui n'est pas notre guerre.

NOTRE guerre à nous, est dirigée contre la pauvreté endémique, qui semble devenir notre malédiction. Or, il n'y a aucune fatalité en cela, et ce n'est pas en insultant ou en appelant au chaos, qu'on aura relevé le défi face aux autres nations.

On s'y met de bonne foi et çà se tasse. On continue à jouer à l'autruche et çà casse. De toutes les façons, ce qui a été cassé en Janvier-Février 2007, nous attend toujours pour sa restauration. Aucun autre peuple ne viendra le faire à notre place. Et ce qui sera cassé aujourd'hui ou demain, ne se relèvera que par l'investissement de chacun de nous. Aucune baguette magique n'est en notre possession.

Déjà, nos morts sont morts et les prochains attendent. Ces prochains pourraient bien être toi, moi, ton frère ou ma tante. Et cela dans nos centres urbains et même dans nos villages ou hameaux. Mais certainement pas à Paris, Bruxelles ou Washington.

Pourquoi ne pas faire l'économie des casses et des morts. Les nations qui réussiront aujourd'hui à se sortir de cette crise sans effusion de sang ni vandalisme, seront certainement les plus fortes. Elles auront refusé de danser des musiques qu'elles n'ont pas composées. Celles qui s'en iront à l'imitation mécanique des oiseaux de malheur, n'auront fait que porter des uniformes, qu'elles n'ont pas commandées.

Les intellectuels guinéens auraient mieux fait de nous éviter le chaos. Ils y gagneraient en honneur, la Guinée gagnerait en mieux être et c'est tant mieux pour un peuple si patient, un peuple si intelligent, un peuple si volontaire.

Fodé Tass Sylla

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