Tass_SylC’est un droit inaliénable pour chaque homme de conquérir le bien être. Mais le fondement de tout bonheur n’est-il pas d’abord, la paix du cœur et la joie de vivre ?

Que nous arrive-t-il donc aujourd’hui, guinéens, pour que nos haines insensées et nos égoïsmes étriqués nous amènent à attiser l’incendie social ? Tant nos comportements, nos gestes et nos paroles sont chargés de violence. Les opinions d’exclusion et de diabolisation de l’autre, fusse-t-il notre compatriote, sont devenues une menace inquiétante pour la survie de la Nation guinéenne.

La misère matérielle serait-elle le socle de cette misère morale, que nous nous évertuons à cultiver au jour le jour, dans nos actes, nos pensées et nos expressions ? Si oui, est-ce celle-là, la voie de la sagesse pour nous sortir de notre misère économique ? Comment bâtir en effet, une économie prospère, dans un climat aussi délétère, avec tous les ingrédients d’affrontements latents ?

N’est-il pas temps pour nous tous, et en particulier, les leaders d’opinion que sont les politiques, les intellectuels, les chefs religieux, les ONG, bref tous les vecteurs de pensées et meneurs d’hommes, de se ressaisir, de se rencontrer, se concerter, réfléchir et échanger, au delà de toutes les considérations mesquines et incendiaires comme le parti ou l’ethnie, afin de sauver le seul trésor qui nous est commun et qui vaille la peine d’être sauvé : la Nation guinéenne, plurielle mais indivisible ?

Il y a péril en la demeure ! La Guinée est certainement plus en danger d’implosion aujourd’hui qu’avant Janvier 2007. On se rappelle d’ailleurs que les événements du début de l’année, étaient soutenus par une mobilisation à l’unisson de tout un peuple, contre un système qui s’ingéniait à le maintenir sous le joug de l’errance politique et du tripatouillage économique.

Aujourd’hui, c’est malheureusement cette unité des guinéens pour leur destin de liberté et de bonheur commun qui est entrain de partir en lambeaux, minée qu’elle est par des options rétrogrades et des préjugés incendiaires.

Il est évident que le partage des fruits du changement ne semble pas avoir satisfait tous les acteurs. Et alors, chacun se cultive des raisons et des argumentaires de frustration, et donc de révolte latente. Et nous voici œuvrant, au clair comme au noir, pour saper l’élan et changer le changement.

Mais quelle raison voulons-nous revendiquer demain face à l’Histoire, lorsque nos actes d’aujourd’hui auront péché par la passion et la déraison, la haine et les rancœurs, le sentiment d’être lésé, insatisfait et donc, suicidaire.

En toute urgence, il est temps de nous interpeller sous l’arbre à palabres de nos aïeux, pour nous parler et parler de la Guinée, les yeux dans les yeux, sans complexes et sans fourberie, en dignes fils de ce pays, afin de trouver des solutions équitables et salvatrices à notre dérive commune. Autrement, certains sont déjà tentés de pactiser avec le diable, quitte à périr et faire périr, et la Guinée et leur progéniture. Et ce serait très dommage pour un peuple aussi intelligent, un peuple aussi volontaire.

Fodé Tass Sylla

Rédacteur en Chef