Le Blog de Tass

24 avril 2008

Leçons de vie

Lorsque j'ouvre pour la première fois un blog, en ce 23 Avril 2008, il y a déjà 11 ans queTabouna_S la Guinée est sur le net, à travers le projet américain Leyland, le 12 Septembre 1997. JeMa_Guine_ suis tout penaud en traçant ces lignes, ne sachant dans quelle catégorie j'aurai à placer mon texte.

J'ai pu toutefois me trouver un titre qui résume tout ce que j'aurais voulu mettre dans un carnet intime et qui, pour la première fois, n'appartiendrait qu'à moi. Ce titre, c'est :  "Leçons de vie".

Mon expérience de vie et mon parcours professionnel m'ont tellement saccagé en matière de censure et d'autocensure, que j'ai envie  de tout déballer à la fois, sans même savoir par où et par quoi commencer.

Une seule chose reste évidente cependant : j'enfouirai ici, tout ce qu'il m'a été donné de vivre, d'observer, de sentir, de comprendre, de subir, de provoquer, d'encaisser... dans cette précaire, laborieuse  mais exaltante existence.

Je ne veux m'obliger ni à la chronologie, ni à la rigueur de la terminologie grammaticale, ni à la catégorisation, ni aux précautions de style ou de morale. Je passerai ainsi, sans discontinuer et avec toute la désinvolture, de la prose à la poésie, de la mélodie à l'invective, du conseil à la harangue.

Bref ! Je veux faire ici, le "vidange" : le défoulement de ce trop plein qui me donne parfois le vertige, l'euphorie ou la nausée. Je cracherai parfois et souvent, mon venin. J'exulterai aussi souvent. Je tambourinerai des croyances et des certitudes fondées sur ma seule vision de la vie et des choses. Je n'en serai pas moins ravi puisque, même en cas d'erreur d'appréciation, j'aurai quand même eu le loisir et l'assurance de mettre ces cris du coeur et ces hystéries par écrit.

S'ils sont choquants, ils susciteront le débat. S'ils reflètent la platitude, ils provoqueront certes de la commisération, mais en même temps, ils impulseront l'effort de les corriger. Et ce faisant, mon censeur sera entraîné à cogiter et donc, à produire des idées. De toutes les façons, ils serviront certainement demain, à se faire une idée de ma personnalité, de mes opinions, de mes options.

Tabounablog pourra ainsi être, la petite fenêtre entrebâillée sur la vie et la pensée de Fodé Tass Sylla, en ce qui est du meilleur, et peut-être du pire, mais certainement du sincère humainement possible.

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Mon pays s'appelle la Guinée. La République de Guinée. Qu'est-ce que j'aime bien savoir que je suis né Komboyalà ! Ne fût-ce qu'en regardant la carte de l'Afrique, je me sens si couvé, si protégé, si encadré ! Et dire que Dieu ne nous a placés que là : dans le creux du coude de l'Afrique, dans l'aine du genou ou alors, dans le pli des aisselles de ce continent en forme de point d'interrogation.

Et si d'ailleurs l'Afrique reflétait l'image d'un point d'interrogation, mon pays ne serait-il pas situé juste là où commence le signe interrogateur ?

L'Afrique, est-il "le continent qui interroge", comme l'a si bien dit l'autre, ou alors "le continent qui s'interroge" ?

Et si ce continent posait des questions au reste du monde, ou se posait des questions à elle-même et sur sa destinée, que fait donc la Guinée, mon pays, situé juste là où le signe du point d'interrogation commence ?

Bien évidemment, la Guinée, dans cette position naturelle, ne peut avoir que matière à interrogations. Et donc, elle ne cesse de poser des questions aux autres nations, mais aussi et surtout des questions cuisantes, cruciales et embarrassantes à elle-même. A ses dirigeants,à ses élites intellectuels, à ses leaders d'opinions.

Tabounablog tente d'examiner ces questionnements, au fil du temps, dans l'objectif bien perceptible à la lecture, d'en tirer des leçons de vie.

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12 mai 2008

Attention, on brûle !

Tass_SylC’est un droit inaliénable pour chaque homme de conquérir le bien être. Mais le fondement de tout bonheur n’est-il pas d’abord, la paix du cœur et la joie de vivre ?

Que nous arrive-t-il donc aujourd’hui, guinéens, pour que nos haines insensées et nos égoïsmes étriqués nous amènent à attiser l’incendie social ? Tant nos comportements, nos gestes et nos paroles sont chargés de violence. Les opinions d’exclusion et de diabolisation de l’autre, fusse-t-il notre compatriote, sont devenues une menace inquiétante pour la survie de la Nation guinéenne.

La misère matérielle serait-elle le socle de cette misère morale, que nous nous évertuons à cultiver au jour le jour, dans nos actes, nos pensées et nos expressions ? Si oui, est-ce celle-là, la voie de la sagesse pour nous sortir de notre misère économique ? Comment bâtir en effet, une économie prospère, dans un climat aussi délétère, avec tous les ingrédients d’affrontements latents ?

N’est-il pas temps pour nous tous, et en particulier, les leaders d’opinion que sont les politiques, les intellectuels, les chefs religieux, les ONG, bref tous les vecteurs de pensées et meneurs d’hommes, de se ressaisir, de se rencontrer, se concerter, réfléchir et échanger, au delà de toutes les considérations mesquines et incendiaires comme le parti ou l’ethnie, afin de sauver le seul trésor qui nous est commun et qui vaille la peine d’être sauvé : la Nation guinéenne, plurielle mais indivisible ?

Il y a péril en la demeure ! La Guinée est certainement plus en danger d’implosion aujourd’hui qu’avant Janvier 2007. On se rappelle d’ailleurs que les événements du début de l’année, étaient soutenus par une mobilisation à l’unisson de tout un peuple, contre un système qui s’ingéniait à le maintenir sous le joug de l’errance politique et du tripatouillage économique.

Aujourd’hui, c’est malheureusement cette unité des guinéens pour leur destin de liberté et de bonheur commun qui est entrain de partir en lambeaux, minée qu’elle est par des options rétrogrades et des préjugés incendiaires.

Il est évident que le partage des fruits du changement ne semble pas avoir satisfait tous les acteurs. Et alors, chacun se cultive des raisons et des argumentaires de frustration, et donc de révolte latente. Et nous voici œuvrant, au clair comme au noir, pour saper l’élan et changer le changement.

Mais quelle raison voulons-nous revendiquer demain face à l’Histoire, lorsque nos actes d’aujourd’hui auront péché par la passion et la déraison, la haine et les rancœurs, le sentiment d’être lésé, insatisfait et donc, suicidaire.

En toute urgence, il est temps de nous interpeller sous l’arbre à palabres de nos aïeux, pour nous parler et parler de la Guinée, les yeux dans les yeux, sans complexes et sans fourberie, en dignes fils de ce pays, afin de trouver des solutions équitables et salvatrices à notre dérive commune. Autrement, certains sont déjà tentés de pactiser avec le diable, quitte à périr et faire périr, et la Guinée et leur progéniture. Et ce serait très dommage pour un peuple aussi intelligent, un peuple aussi volontaire.

Fodé Tass Sylla

Rédacteur en Chef

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01 septembre 2008

Le toast de Tass : Çà se tasse ou çà casse !

Fod__Tass_SyllaInutile de jouer à l'autruche. Le monde va mal. La planète tremble. L'économique nous étrangle. Le pétrole caracole. Les transports et les denrées s'affolent. Les hommes s'interrogent sur le lendemain. Les nations s'inquiètent de demain.

Alors question : lorsque la planète tremble, et chacun sait parfaitement qu'elle tremble en cet instant précis; lorsque l'économie dégringole, et elle est déjà au tréfonds de la récession; lorsque le pétrole nous échappe, et il nous a déjà échappé; lorsque tous les voyants sont au rouge, et ils sont visiblement à l'écarlate; lorsque le navire tangue et que le gouvernail secoue tous les décideurs, partout dans le monde, quel héroïsme voulons-nous démontrer en rajoutant à la détresse de nos populations par des hauts cris d'oiseaux de malheur ?

Le moment est grave. L'instant est délicat. L'environnement social est explosif. La paix, la quiétude et la sérénité sont si fragiles aujourd'hui que les nuits sont tissées de cauchemars et les journées, chargées d'incertitudes et arides en sourires.

A ce niveau justement, l'intellectuel, dont le rôle essentiel est de réfléchir sur les problèmes de sa société et proposer les solutions idoines, ne devrait-il pas, en toute responsabilité revoir ses copies et faire la mue vers l'utile et le positif ? L'essentiellement utile et le résolument positif ?

La sagesse aurait voulu que nous,  intellectuels, penseurs, écrivains, journalistes, politiques... chaque leader d'opinions accepte de se cultiver une grande dose de lucidité, de recul et de charité pour ne pas sacrifier l'essentiel à la valse légère des humeurs. Il s'agira donc de réinventer, en toute urgence, de nouveaux discours.

Le monde en général et les pays pauvres en particulier ont plus que jamais besoin aujourd'hui de discours apaisants au lieu de harangues incendiaires, de discours rassembleurs au lieu de diatribes anarchistes, de réflexions à des solutions en lieu et place de redondants, dangereux et irresponsables appels au chaos général. L'on a besoin de visions nationales ou planétaires au lieu de mesquineries improductives d'attaques personnalisées, bref l'on a besoin de discours positifs parce que constructifs.

Les médias en général, et la presse électronique en particulier, donnent aujourd'hui une très grande possibilité et une foultitude d'opportunités pour s'exprimer. Mais l'intervention sur nos tribunes publiques (radios, télévisions, journaux, internet, amphithéâtres, meetings etc...) ne devrait-elle pas imposer des exigences morales et des obligations responsables, dans la mesure où l'oreille des foules engage la quiétude des sociétés.

Ce qui se passe aujourd'hui dans nos médias, et en particulier sur les sites web, crée l'interrogation, l'incompréhension et parfois, le désarroi dans l'esprit de nos braves populations. C'est à se demander si parmi les intellectuels guinéens, une certaine catégorie ne s'était pas donné pour mission essentiel de mettre le feu à ce pays. 

Les raisons de ces comportements ne nous intéressent que peu. Elles peuvent être politiques ou économiques. Elles sont généralement basées sur des jeux d'intérêt difformes et diffus. Elles ne gagneraient rien d'honorable cependant si leur ressort de fond n'est pas le bien-être et la quiétude des guinéens.

Les motivations subalternes comme l'ethnie, le nihilisme intégral et le négativisme insensé envers toute action qui ne viendrait pas du "parent", ne peuvent rien apporter de bon et de beau à ce pays. La dépréciation aveugle de toute action non cataloguée "régionale", les invectives ciblées, les insanités plates envers des personnes physiques, fussent-elles des dirigeants, les appels au soulèvement et à la vendetta pour des raisons inavouées mais perceptibles dans les trébuchements de langage, tous ces raffuts qui pullulent dans nos écrits ne font honneur ni à la Guinée ni à leurs auteurs.

La Guinée, son peuple si intelligent et si volontaire, méritent mieux que ce sort médiocre réservé à elle par ses dirigeants depuis cinquante ans. J'en conviens ! D'autant plus que ces dits dirigeants proviennent généralement de l'intelligentsia nationale. Mais ce fait donne-t-il le droit de transformer le droit à l'expression en droit de lyncher, de médire, d'injurier ?

Le drame de la Guinée ne vient-il pas de ses intellectuels, de ses leaders d'opinion, de ses acteurs sociaux dont la plupart se fourvoie fréquemment en pensant faire le héros et l'élite dans la consommation effrénée et carnassière de la vie privée de l'autre ?

Cet "autre" qui, en fait, n'est que son frère et n'aurait dû être que son partenaire dans le combat essentiel pour le développement du pays ?

Cinquante ans après son indépendance, la Guinée mérite mieux que ces estocades d'épicerie où la vérité est pour celui qui aura crié plus fort. La Guinée a besoin de réflexions calmes, sereines et lucides pour trouver enfin une voie à son bonheur.

Et pour cela, il faudra une nouvelle voix qui balisera cette nouvelle voie. Et non des sempiternels rechignements sur "Sékou Touré, le héros ou le tyran", "Lansana Conté doit se faire un maquillage", "Lansana Kouyaté voyage avec ses chiens" ou "Ahmed Tidiane Souaré fait la pléthore".

Non, messieurs ! Veuillons inventer un autre discours loin de nos humeurs étriquées et plus proche des préoccupations de nos populations qui, un jour se sont saignées pour nous fournir ardoises, craies, cahiers et plumes dans l'espoir que nous leur éclairerions plus tard le chemin. Arrêtons de leur assombrir la voie et de leur retourner l'estomac à chaque fois que nous prenons la plume. Non, nous n'avons aucun honneur à retourner la torche dans le visage de ces braves  populations pour les éblouir, les étourdir, en un mot les empêcher de vivre dans la paix du cœur et de l'esprit.

A ce jour, ce peuple est menacé de famine par l'étranglement de l'économie mondiale. Nous ferions œuvre utile en cherchant ensemble des idées lumineuses et des voies pragmatiques pour gérer la crise du pétrole qui frappe sans discernement, la crise du riz qui s'annonce, la crise de l'emploi, celle de l'école, de la santé et j'en passe.

Il ne s'agira certainement pas, cette fois encore, de se réfugier derrière des accusations stériles contre un gouvernement qui, en toute honnêteté, est confronté aujourd'hui à un chantier que nul autre gouvernement n'a jamais affronté dans ce pays: le chantier du gigantesque puits que nous avons patiemment creusé, tous ensemble, durant cinquante ans, doublé -oh! comble de malchance- d'un contexte international spécialement défavorable.

Le doyen Bâ Mamadou de l'UNR l'a souligné dès Avril 2007 sur Familia FM : " Lansana Kouyaté s'est trompé en pensant régler les problèmes de la Guinée en si peu de temps. Il lui faudra des années pour combler le grand trou dans lequel nous avons tous concouru à enfouir notre pays...".

Le paradoxe est que tous les intellectuels guinéens qui écrivent aujourd'hui sur les différents sites sont parfaitement conscients de cette réalité. Le dilemme reste cependant que chacun semble jouer à l'autruche et tous cherchent pour parade la délation, l'invective, l'accusation de l'autre.

Et le nouveau Premier Ministre Ahmed Tidiane Souaré, après un petit temps de grâce, commence lui aussi à récolter les boulets rouges de ces spécialistes du lynchage médiatique. Oh, Dieu !!!

En définitive, les internautes de Guinée se livrent une guerre qui n'est pas notre guerre.

NOTRE guerre à nous, est dirigée contre la pauvreté endémique, qui semble devenir notre malédiction. Or, il n'y a aucune fatalité en cela, et ce n'est pas en insultant ou en appelant au chaos, qu'on aura relevé le défi face aux autres nations.

On s'y met de bonne foi et çà se tasse. On continue à jouer à l'autruche et çà casse. De toutes les façons, ce qui a été cassé en Janvier-Février 2007, nous attend toujours pour sa restauration. Aucun autre peuple ne viendra le faire à notre place. Et ce qui sera cassé aujourd'hui ou demain, ne se relèvera que par l'investissement de chacun de nous. Aucune baguette magique n'est en notre possession.

Déjà, nos morts sont morts et les prochains attendent. Ces prochains pourraient bien être toi, moi, ton frère ou ma tante. Et cela dans nos centres urbains et même dans nos villages ou hameaux. Mais certainement pas à Paris, Bruxelles ou Washington.

Pourquoi ne pas faire l'économie des casses et des morts. Les nations qui réussiront aujourd'hui à se sortir de cette crise sans effusion de sang ni vandalisme, seront certainement les plus fortes. Elles auront refusé de danser des musiques qu'elles n'ont pas composées. Celles qui s'en iront à l'imitation mécanique des oiseaux de malheur, n'auront fait que porter des uniformes, qu'elles n'ont pas commandées.

Les intellectuels guinéens auraient mieux fait de nous éviter le chaos. Ils y gagneraient en honneur, la Guinée gagnerait en mieux être et c'est tant mieux pour un peuple si patient, un peuple si intelligent, un peuple si volontaire.

Fodé Tass Sylla

RTG - Conakry

Tél : 00224 60 34 27 04

00224 64 46 79 94

Email : sfodetass@yahoo.fr

sfodetass@hotmail.fr

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05 septembre 2008

Vous avez dit l'ethnie !!!

Bamb_to_gr_ve_2007Le paramètre ethnique est un élément catalyseur incontournable du microcosme politico-social guinéen. Chaque Guinéen, pour peu qu’il soit conscient et sincère, sait parfaitement que l’exclusion ethnique se reflète dans les attitudes et les expressions de la majorité de nos compatriotes.

Mais, face à la délicatesse du sujet et l’embarras du choix entre les émotions et la cohabitation obligée, chacun s’efforce de jouer à l’autruche. Or, le tabou que les intellectuels et autres leaders d’opinion essaient d’entretenir autour de ce concept, ne fait qu’exacerber le fait, tout en augmentant les risques d’implosion liés à lui.

Le mieux ne serait-il pas donc, de l’aborder franchement, sans passion, avec la volonté farouche et désintéressée d’en extraire ses venins, pour donner une chance au renforcement de l’unité de la nation guinéenne ? 

Si notre ressort moral est de rechercher la quiétude et le progrès, en se reconnaissant dans la devise Travail-Justice-Solidarité, en vénérant l’emblème Rouge-Jaune-Vert, en revendiquant les mots et la mélodie de l’hymne Liberté, nous sommes tenus par un contrat de conscience, de défendre chaque mètre carré de l’espace géographique reconnu appartenir, en toute souveraineté, à chaque homme et à chaque femme issus de cette terre, ou l’adoptant par libre choix. Nous devons, par conséquent, nous faire un devoir sacré d’exorciser l’ethnocentrisme qui sommeille en chacun de nous. Les textes de lois régissant notre option de vivre en communauté de destin nous l’exigent. Notre passé et notre avenir aussi.

La démarche ne sera certainement pas d’élever la voix pour se donner raison. Il ne s’agira pas de crier, même avec une passion sincère, comme l’écrivain Nènè Moussa Maléah Camara, que : « la Guinée est une famille !».

Le disque s’est rayé à l’usage. Des leaders politiques comme le doyen Bâ Mamadou ou Jean Marie Doré, lui ont d’ailleurs méticuleusement enlevé toute sa consistance salvatrice. En soutenant que la Guinée n’est pas «une famille», mais un ensemble de familles, ou en clair, un ensemble d’ethnies aux mœurs et aux us différents. C’est une vérité de Lapalisse.

Par définition, selon l’encyclopédie Encarta, « la nation est un groupe humain titulaire de la souveraineté, établi sur un territoire donné et formant une entité politique. La nation est un ensemble de personnes liées par la conscience d’une histoire, d’une culture, de traditions et parfois d’une langue communes».

La nation, ici, en Bosnie ou encore en Papouasie, procède plus d’une démarche d’acceptation de l’autre avec ses différences, que d’un schéma idéologiquement rétrograde et pratiquement suicidaire d’hégémonisme ou d’épuration.

La République de Guinée est l’émanation naturelle d’une volonté réaliste de vivre ensemble, des différentes ethnies vivant sur le territoire englobant les organisations sociales traditionnelles Soso, Manding, Foulah, Kissi, Lomaghoi, Guerzé, Manon, Konon, Baga, Landouma, Nalou, Mikhiforè, Tyapi, Bassari, Badiaranké, Diallonké, Diakhanké, Konia et j’en passe...

C’est l’accord tacite de chacune de ces composantes hétéroclites, de se dissoudre dans un ensemble hétérogène mais harmonieux et accepté, qui fait le fondement de la nation guinéenne. 

Tous les responsables de la Guinée contemporaine ont péché, en cultivant le germe du racisme, pour se maintenir ou accéder au pouvoir.

Cette démarche malsaine a commencé dès l’accession de ce beau pays à l’indépendance avec le lugubre slogan «An gbansan lé !» du système de la savane. Ce terme maninka qui se traduit par : «nous seulement !», rappelle une implacable exclusion qui entraînera nombre de bassesses immondes. Plusieurs cadres de l’époque, et non des moindres, seront amenés à changer de patronymes et revendiquer des origines mandingues pour bénéficier des avantages du régime ou se sauver des coups de foudre dévastateurs de la Révolution.

La première République assumera sa part de culpabilité dans l’Histoire, pour cette monstrueuse absurdité qui écorchait les articles fondateurs de la Constitution républicaine. Ses ravages sur l’essor commercial des malinkés à partir de 1964, et sur «la situation particulière du Foutah» en 1976, sont inscrits en lettres de sang dans les annales. Et la revanche couve toujours !

La deuxième République commettra le même malheur, avec le cri «Wo fatara !», qui ouvrit  la voie à une terrible chasse aux sorcières dans l’ethnie malinké en Juillet 1985, suite au coup d’Etat manqué du Colonel Diarra Traoré. Intentionnellement extraite de son radical propagandiste et de son contexte passionnel par des extrémistes ethno-stratèges, cette phrase servira longtemps de levain à la mobilisation de l’électorat malinké par la charge de haine qu’elle saura souvent développer. Les soussous en resteront éternellement condamnés par leurs frères malinkés. Et la revanche couve toujours !

L’avènement du multipartisme, et les premières campagnes présidentielles de 1993, auront été l’occasion de déclarations historiquement comptables par leur gravité. Comme le slogan «C’est le tour des peulhs !» du Président de l’UNR, Bâ Mamadou. Cette phrase terrible, interprétée comme un mot d’ordre par une base en quête de suprématie, fait encore aujourd’hui des ravages regrettables dans les comportements et les relations des peulhs avec les autres composantes de la Nation.

Assaisonné à la sauce indigeste du déguerpissement des occupants du domaine réservé de l’Etat à Kaporo rails, le sentiment de revanche ne fera que s’exacerber chez cette ethnie.  Et cette revanche couve toujours ! 

Le spectre du Rwanda, du Darfour ou de la Bosnie Herzégovine flotte ainsi sur le destin de la nation guinéenne. Puisse Dieu nous éviter ces hécatombes !

Mais à ce niveau justement, le rôle historique et la responsabilité morale de tous les leaders d’opinion (politiciens, intellectuels, religieux, écrivains, société civile, syndicalistes, journalistes…) ne seraient-ils pas de s’interpeller, pour trouver des mots justes et des attitudes réalistes en vue de décrisper les cœurs des rancœurs, atténuer les ressentiments, dépassionner les croyances, bref orienter le débat vers des options constructives ?

L’argumentaire de la rancune ou de la menace n’arrangera personne. Celui de la suprématie démographique, économique ou politique est aberrant. L’exclusion ne pourra mener qu’au chaos, et l’épuration ethnique est mathématiquement et socialement impossible. Les guinéens de père et de mère de la même ethnie ne sont pas majoritaires. Et les personnes qui penseront à égorger leur mère, parce qu’elle vient d’une ethnie différente de celle de leur père, seront des cas psychiatriquement intéressants. On ne choisit pas sa naissance, on la subit et on l’assume.

Les thuriféraires de la pureté raciale devraient se donner le temps d’un recul nécessaire à une réflexion profonde et responsable, pour épargner le dilemme du choix impossible à tous ces métis nationaux.

Car, à y regarder de près, la généalogie de chaque guinéen pourrait révéler bien des surprises de métissage, à un degré ou à un autre, à travers les générations. Les absurdités s’alimentent de l’ignorance.

Adolph Hitler cherchait la pure race arienne. Il disparaîtra, vaincu, avec les cauchemars d’Auschwitz et de Buchenwald. Absurde, non ?

Nos discours à l’école, dans nos cercles d’amis, dans nos intimités familiales, sur nos tribunes publiques, bref nos canaux de communication auraient dû s’enrichir de la chasteté et la lucidité requises, pour ne pas sacrifier l’essentiel à nos égoïsmes étriqués.

Et l’essentiel, à ce niveau, c’est d’abord la vie humaine si sacrée, et l’unité de la Nation si indispensable.

Extrait de l’ouvrage « Cette fois, c’est parti ! » de Fodé Tass Sylla. P.119 à 122. Editions L’Harmattan (Mars 2008).

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10 septembre 2008

Ce n'est que partie remise !

Barry_Alpha_Sidoux

« Cette fois, c’est parti ! » : c’est ainsi que l’historien et journaliste guinéen Fodé Tass Sylla intitule son récit-témoignage sur les tragiques événements de janvier-février 2007. Alpha Sidoux Barry nous présente ce livre extraordinaire que tous les Guinéens devraient lire et méditer.

Mon Dieu, qu’il est agréable d’avoir entre les mains l’ouvrage d’un authentique écrivain ! Il ne s’agit point ici de littérature, mais d’un document historique exceptionnel qui retrace et explique par le menu l’insurrection populaire de janvier-février 2007, rédigé dans un niveau de langue élevé et d’une plume alerte et magnifique auxquels les journalistes guinéens ne nous ont guère habitués.

Dans ce récit captivant, Fodé Tass Sylla, diplômé en histoire de l’Institut Polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry et éditorialiste à la Radio Télévision Guinéenne (RTG), allie à la fois la sagacité du journaliste, la rigueur de l’historien et l’aisance scripturale de l’écrivain. On ne lâche pas son livre avant d’en avoir achevé la lecture d’une traite. Ce document fera date sans nul doute dans l’Histoire de la Guinée.

Tout commence avec « le décret maléfique » du 22 décembre 2006. Pour achever de faire main basse sur les rênes du pouvoir, le tout-puissant ministre d’Etat aux Affaires présidentielles, Fodé Bangoura, appelé « le Président bis », fait limoger quatre ministres dont celui des Transports, Alpha Ibrahima Keira. Beau-frère du Président -il est le mari de la sœur aînée de Kadiatou Seth, la femme préférée de Lansana Conté-, celui-ci a « son pesant d’influence », comme le dit Fodé Tass Sylla, dans cette République bananière des copains et des coquins.

Son limogeage apparaît aux yeux du clan de Kadiatou Seth, la Première Dame préférée, comme étant purement et simplement un crime de lèse-majesté. Un autre décret présidentiel le rétablit, cinq jours plus tard, le 27 décembre, dans les fonctions de ministre des Transports. Et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase !

Cette fois, le peuple, jusqu’alors toujours soumis et docile, a ras-le-bol de cette tragi-comédie. Le mercredi 10 janvier 2007, il descend dans la rue, à l’appel des centrales syndicales. Et cette fois, c’est parti !

Dès lors, Fodé Tass Sylla nous entraîne dans la folle farandole des événements qui se déroulent et s’amplifient de jour en jour. Le journaliste professionnel est, comme on le sait, historien du présent. Tass Sylla met ses deux casquettes d’historien et de journaliste, pour nous livrer un récit passionnant, servi par une plume admirable, rehaussé par la formidable préface de l’écrivain, poète, dramaturge et député à l’Assemblée nationale, Ahmed Tidiane Cissé.

Au passage, il nous décrit la RTG, cette machine lourde, archaïque, indigente bien qu’installée dans des locaux ultramodernes (don de la Chine), vouée exclusivement à la défense du pouvoir d’Etat, un « Etat dévoyé », accaparé par des clans mafieux qui s’entre-déchirent.

Faisant preuve d’une remarquable objectivité, l’auteur ne s’exonère pas du rôle qu’il a joué dans ce sens, comme éditorialiste, durant les événements.

Principales revendications des syndicats qui servent de locomotive au mouvement insurrectionnel : le départ de Alpha Ibrahima Keira du gouvernement, le retour en prison de l’oligarque Mamadou Sylla, l’amélioration des conditions de vie des travailleurs, la séparation effective des pouvoirs, la désignation d’un premier ministre, chef du gouvernement chargé de mettre en place un gouvernement de large consensus… puis, au fil des événements, la mise en œuvre de la procédure constitutionnelle prévue en cas de vacance du pouvoir (le Président étant empêché, notamment par la maladie).

L’avis de grève générale est lancé le 2 janvier 2007 pour le 10 janvier. Le pouvoir accueille cette annonce par sa logique habituelle « de l’insouciance, du mépris et de la suffisance ». Malheur lui en a pris car, par cette attitude irresponsable, la Guinée allait vivre, durant quarante-sept jours, les pires moments de son Histoire.

Deux nébuleuses s’affrontent :

- D’un côté, les délégués du gouvernement, appuyés par les chefs des institutions dites républicaines : le président de l’Assemblée nationale, le président de la Cour suprême et le président du Conseil économique et social, et les forces de l’ordre ;

- De l’autre, l’Intersyndicale CNTG-USTG emmenée par Rabiatou Sérah Diallo, élargie à l’ONSLG et l’UDTG, soutenue par le Conseil national des organisations de la société civile, les partis politiques de l’opposition, à quoi s’ajoute « une jeunesse en apesanteur, déboussolée et frileuse… qui compense son creux existentiel par la violence. Verbale ou physique ».

L’archevêque de Conakry et le grand imam de la mosquée Fayçal jouent les arbitres.

A partir du 10 janvier, les affrontements entre les forces de l’ordre et la population sont d’une violence inouïe. Ils atteignent leur paroxysme le 22 janvier au pont Tombo, à la jonction de Conakry et de sa banlieue, pour gagner toute l’étendue du territoire national. On compte alors 59 morts et 218 blessés. Mais ce n’est pas fini.

Lansana Conté fait mine de céder. Le samedi 27 janvier, à 23 heures, un protocole d’accord est signé, qui prévoit la nomination d’un premier ministre, chef du gouvernement. La grève est suspendue. Les syndicats crient victoire. Trop tôt. Car Conté n’a pas dit son dernier mot.

Au terme d’une attente lancinante, il nomme, le vendredi 9 février, le ministre d’Etat aux Affaires présidentielles Eugène Camara (qui avait remplacé à ce poste Fodé Bangoura, le 19 janvier), aux fonctions tant attendues de Premier ministre, chef du gouvernement. C’était jeter de l’huile sur le feu. A l’annonce de cette nomination, toute la Guinée est en flammes.

Et dès le lendemain, 10 février, les manifestations prennent l’allure d’une violente insurrection populaire. « Tous les attributs de l’Etat sont dans l’œil du cyclone ».

L’état de siège, instauré du 12 au 23 février, permet d’éviter de justesse l’hécatombe. Entre-temps, arrive le 17 février la mission de médiation de la CEDEAO, conduite par l’ancien président nigérian, Ibrahim Babangida. Voulant prolonger l’état de siège, Conté est désavoué par l’Assemblée nationale à l’unanimité, y compris les voix du PUP, le parti au pouvoir (ce qui est sans précédent dans l’histoire de la Guinée).

Le dimanche 25 février, après quarante-sept jours d’agitation, d’événements rocambolesques et de rebondissements, ponctués de centaines de morts, de blessés et de milliards de francs de dégâts matériels, Lansana Conté plie et accepte de « nommer un nouveau Premier ministre, chef du gouvernement, à partir d’une liste de 4 personnalités soumises à son choix par les centrales syndicales et la société civile ». Le mot d’ordre de grève est levé.

Cette fois, contrairement à ses habitudes, Conté s’exécute dès le lendemain, 26 février. Par décret présidentiel, Lansana Kouyaté, représentant du Secrétaire général de la Francophonie en Côte d’Ivoire, remplace Eugène Camara.

La Guinée respire enfin ! Mais le bilan de la grève générale est terrible !!! « Selon un rapport de l’ONG Goha (Groupe des hommes d’affaires) affiliée à l’Organisation guinéenne des droits de l’homme, 137 de nos compatriotes ont payé de leurs vies, 419 souffrent de blessures à divers degrés, 418 édifices publics et privés ont été vandalisés ou détruits, 28 préfectures sur 33 ont vu leurs sièges, résidences, prisons, commissariats ou postes de gendarmerie saccagés ou incendiés. Environ 3 000 opérateurs économiques de divers niveaux ont perdu leurs affaires, une centaine d’entreprises ont mis la clef sous le paillasson, 24 625 992 587 FG soit 5 250 413 Euros sont partis en fumée ».

Ce bilan n’était que provisoire. Dix mois après les événements, une coalition d’ONG humanitaires a rendu public, le 10 décembre 2007, un rapport qui revoit ce bilan à la hausse, faisant état, entre autres, de « 186 exécutions sommaires, 1 188 blessés, 940 arrestations, détentions et tortures, 611 pillages, 202 incendies, 1 disparu et 28 cas de viol, soit un total de 3 156 victimes ».

Tass_FS

Fodé Tass Sylla  

Au  sortir de ces épreuves, Fodé Tass Sylla a cru, comme tout le peuple guinéen, que rien ne serait plus jamais comme avant. Que le changement allait être irréversible… Malheur !

Après la triste parenthèse Lansana Kouyaté -l’homme qui a réussi le tour de force de rendre Lansana Conté populaire-, nous sommes entrain de revenir à la case départ.

Lansana Conté a repris du poil de la bête. Celui par qui le scandale est arrivé, en l’occurrence Alpha Ibrahima Keira, est revenu en force au devant de la scène publique, jouant aujourd’hui le rôle de « Président bis » au poste stratégique de Ministre secrétaire général de la Présidence. Sur son initiative, tous les prédateurs de l’économie nationale sont en train de revenir un à un. Que diable !

Allons-nous sortir un jour de ce régime d’obscurantisme, de concussion, d’impéritie, d’indignité nationale?

La réponse peut se retrouver dans le poème par lequel Fodé Tass Sylla a conclu son ouvrage : Cette fois, « …c’est parti vers les caves de l’Histoire pour un système d’époque… Il serait mieux de l’accepter et s’en garnir la conque, il serait suicidaire de s’y opposer et pour quiconque… ». On ne dira pas demain que l’auteur n’avait pas averti les nostalgiques de « l’immobilisme vorace et insouciant ».

Et à ce niveau, je reste fermement convaincu que, malgré tout, ce n’est que partie remise.

Alpha Sidoux Barry
www.guineeactu.com

N.B. : Les lecteurs non parisiens qui désirent se procurer le livre de Fodé Tass Sylla peuvent le commander à l’adresse suivante :

Fodé Tass Sylla :

« Du 22 décembre 2006 au 26 février 2007, cette fois, c’est parti ! »

Editions L’Harmattan, 2008
16, rue des Ecoles, 75005 Paris
Prix : 13,50 €
Tél. : 01 40 46 79 14
E-mail : librairie.harmattan@orange.fr

               

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Vos commentaires

alpha BARRY, lundi 29 septembre 2008

Il semblerait que la version électronique du livre est en consultation libre sur le site de "Le Diplomate". Vous pouvez le télécharger en toute légalité. Autant dire que C`est gratuit.

Sekou Camara, Malaisie, dimanche 28 septembre 2008

Merci a Mr Barry, comme a l`accoutumee, pour cette presentation passee de commentaire. Et felicitation a Mr Fode Tass Sylla pour cette ouevre de taille et meritoire car Mr Sylla est l`un des meilleurs journalistes integres de la Guinee. A vrai dire, j`aimerai lire ce livre pour m`inspirer davantage. Bravo!!

Lanfia Toure, vendredi 26 septembre 2008

Je voudrais connaitre le prix de ce livre a Conakry.Aussi le lieu oo peux l`obtenir. Merci

ALGHASSIM, mardi 23 septembre 2008

FELICITATION A MR SYLLA, SES COLLEGUES JOURNALISTES DOIVENT PRENDRE L`EXEMPLE SUR AFIN DE RETRACER L`HISTOIRE DE LA GUINEE A LA SECONDE. A MON AVIS SEULE LA VERITE ET L`AMOUR DANS LE TRAVAIL CONDUISENT AU BOUT DU TUNEL TOUT EN AYANT FOI EN DIEU

Ansoumane Doré, samedi 20 septembre 2008

Bonne présentation d`Alpha Sidoux Barry de cette "Histoire vivante" de la Guinée par l`historien Fodé Tass Sylla.Je la lirai bientôt et bravo à l`auteur.

Cissé Oumar de Bma, vendredi 19 septembre 2008

Deux nébuleuses s’affrontent. D’un côté, les délégués du gouvernement, appuyés par les chefs des institutions dites républicaines : le président de l’Assemblée nationale, le président de la Cour suprême et le président du Conseil économique et social, et les forces de l’ordre ; de l’autre, l’Intersyndicale CNTG-USTG emmenée par Rabiatou Sérah Diallo ET DOCTEUR FOFANA, élargie à l’ONSLG et l’UDTG, soutenue par le Conseil national des organisations de la société civile, les partis politiques de l’opposition, à quoi s’ajoute « une jeunesse en apesanteur, déboussolée et frileuse… qui compense son creux existentiel par la violence. Verbale ou physique ». L’archevêque de Conakry et le grand imam de la mosquée Fayçal jouent les arbitres.

Fodé Tass Sylla, mardi 16 septembre 2008

C`est l`Harmattan-Guinée qui gère la vente du livre. Son siège est dans le quartier Almamiya, Commune de Kaloum, face au Restaurant "Le Cèdres". Ou contacter le DG, Mr Sansy Kaba Diakité au 60 20 85 08.

kholo, mardi 16 septembre 2008

ou trouver ce livre ici à conakry?

Torodo Bah, lundi 15 septembre 2008

Merci à la rédaction de guineeactu de nous avoir informés de ce livre exceptionnel.

DRAHAMANE, samedi 13 septembre 2008

TASS fait partie de cette exceptionnelle categorie de journalistes non alimentaires et ni partisan!franchement!

tutankhamon, samedi 13 septembre 2008

Quand on aime son metier et qu`on a soif de justice comme Tass sylla,les mots et l`inspiration coulent a fleau.voila un recit qui nous pose l`equation des evenement de 2007. C`est a notre tour de resoudre cette equation.

Solano, vendredi 12 septembre 2008

super cet article.bien rédigé avec une aisance certes inspirée de l`écrivain Fodé Tass Sylla et grand journaliste.je le trouve qui accroche tout au long de la lecture.en un mot,très bonne analyse de l`ouvrage.

barry alhassane Diogo, jeudi 11 septembre 2008

Un article qui a su camper le désormais journaliste-écrivain Fodé Tass Sylla. De tous ceux qui se sont essayé dans le sujet, il caracole en terme de vérité des faits, qualité de l`écriture et audace dans le récit. Vous avez vu juste en consacrant un article de cette taille à l`écrivain et à son livre.

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28 septembre 2008

Indépendance, an 50 : La Guinée a faim !

IMGP1086Dans exactement une semaine, le Jeudi prochain 2 Octobre, le peuple de Guinée célèbrera les cinquante années de son accession à la souveraineté nationale. Une occasion que chaque guinéen aurait souhaitée festive, tant le chiffre 50 est chargé de symbole pour une vie.

Malheureusement, ce 2 Octobre ne pourra être qu’une autre escale, pour refaire la triste comptabilité des occasions ratées et de nos misères quotidiennes. On ressassera encore à l’ennui, des slogans d’embaumeurs pour supporter le manque d’eau, les délestages électriques, la santé inaccessible… Au concret, le rictus larmoyant refuse obstinément d’égailler nos fronts plissés par l’amertume. Par ce mois saint de Ramadan, la Guinée n’a jamais eu autant faim !

La Guinée a faim !

- La Guinée a faim. Par la faute de ses dirigeants. Lamentablement arides en perspectives créatrices de bien-être pour les administrés, ils sont engagés dans une course immorale d’emmagasinage de fortunes personnelles, généralement tirées des ressources publiques. Toutes les recettes administratives, fiscales et douanières, de même que tous les fonds d’aide des partenaires au développement, sont ainsi interceptés et détournés pour des comptes personnels dans des banques de ces mêmes pays sensés nous aider à sortir de notre état de sous développement. Le plus souvent avec la complicité d’agents des mêmes institutions financières ou de hauts responsables de ces Etats, beaucoup plus liés à des clubs selects et serviles, qu’aux  nations au nom desquelles on claironne à tout vent, des projets d’appui. L’hypocrisie internationale n’a d’ailleurs profité qu’aux marionnettes plébiscitées. Les exemples foisonnent de noms célèbres de scélérats ou d’idiots utiles dont le listing ne ferait qu’encombrer ce paragraphe.

Et les peuples, si cruellement grugés, n’ont d’autres alternatives que prendre la rue pour chasser les laudateurs et parfois, piller leurs biens malhonnêtement acquis. Les signes de l’Etat comme les édifices publics peuvent en faire les frais, ramenant quelque peu le pays vers la case départ, mais les populations respireront le soulagement avec l’exaltant sentiment de justice rendue.

- La Guinée a faim. Par la faute de ses intellectuels. Plus enclin à  peaufiner des mots à la mode ou des expressions tirées des tréfonds de l’encyclopédie, ils se révèlent minablement improductifs en matière de schémas de société réalistes et pragmatiques, juste à la dimension des aspirations incompressibles et urgentes des populations. Et surtout de leur mise en application sur le terrain.

C’est un embryon d’oligarchie fabriqué à travers des copinages d’école, de séminaires, de stages et d’autres missions, et tissé de compromissions et de délits d’initiés. Sans qu’aucun impact ne soit comptable sur le quotidien des masses populaires. De ce qu’ils appellent pompeusement « stage de perfectionnement », il n’en résulte généralement que des bibelots dans les bibliothèques des salons ou bureaux, des commentaires admiratifs, complexés et irresponsables sur les belles capitales qu’on vient de visiter comparativement à la situation invivable du pays, des dossiers qui moisiront quelque part dans les foutoirs, et surtout, quelques peccadilles en monnaies étrangères que l’on s’empressera d’ajouter au pactole d’épargne en attendant d’autres occasions de villégiature.

Or, l’intellectuel n’est-il pas celui-là qui se donne la peine et le temps de réfléchir sur les problèmes pratiques de sa société et proposer des solutions adéquates? 

- La Guinée a faim. Par sa mentalité du prêt-à-porter. Extraordinairement doté par dame Nature, le guinéen est enclin à tout attendre du ciel ou… du gouvernement. Des adultes puérils, naïvement et farouchement enferrés dans des habitudes d’éternels assistés. Le colon donnait tout pour s’assurer la soumission, la Révolution tenait le ventre pour s’assurer l’allégeance. Ce n’est certainement pas en vingt ans que la mentalité d’entrepreneur conquérant va nous envoûter. Malheur de nous!

Après avoir compromis l’équilibre naturel et la biodiversité, par le massacre sauvage de nos forêts et le braconnage effréné de la faune, après avoir assécher tous les marigots et rivières luxuriants de nos enfances, après avoir tripatouillé ces précieux héritages jalousement conservés et soigneusement légués à la postérité par nos grands parents, nous voici obligés de nous enfuir de nos villages et hameaux, pour engorger les villes. Avec ou sans métier. Le ventre creux et le regard désespérément tourné vers l’océan, à l’attente du riz venu des champs et des bas-fonds d’autres peuples souvent aussi pauvres que nous. En indécrottables chantres du prêt-à-porter, on veut tout et tout de suite. Sans chaleur ni sueur.

« … Eh, quitte là, ignorant de toi! Pourquoi attendre que le tailleur finisse de façonner notre vêtement si nous n’avons que l’embarras du choix au marché à puces?  Et puis, nous, on n’arrose pas les arbres. Ils poussent d’eux même et on ne se donne même pas la peine de cueillir les fruits, ils tomberont bien mûrs au gré du vent. On ne fera que ramasser, laver et… on est nourri. Quoi de mal donc, que de vivre des rebus des autres !!? »

Ainsi parle, cinquante ans après son accession à la souveraineté nationale, cette Guinée outragée par une classe dirigeante longtemps sourde à toute idée de dialogue sincère avec les différentes composantes de la nation. Un club hermétique qui joue à merveille de l’exclusion et de l’intimidation pour surfer sur les problèmes réels des gouvernés.

Cette Guinée étranglée, c’est la Guinée qui a du mal à porter pantalon et attacher ceinture pour affronter ses défis de survie. Une Guinée à bout de souffle. Ou du moins, une Guinée de l’auto flagellation, cette Guinée plaintive, la Guinée larmoyante, la Guinée hargneuse, la Guinée sournoise, bref cette Guinée bigarrée, au mal-vivre fainéant et vindicatif, jamais responsable de rien, toujours à la recherche de coupable de sa misère personnelle, prête à tout casser ou à se suicider si ses doigts accusateurs ne sont pas vengés ou si ses mains mendiantes ne sont pas remplies…

Eh oui! L’homme étant un être de passion et de communication, si on lui ferme la bouche, il fermera le poing. Le Guinéen en a trop sur le cœur. Les excès du régime ont entraîné les excès des mots. Et puis… si un seul de ces mots choque, il serait mieux de changer de comportement que de s’en aller aux grimaces. On n’en a que dalle !

Puisse cette Guinée des innombrables occasions ratées en cinquante ans, retrouver enfin la voie du bonheur !! Et… bon anniversaire !

« « « « « O » » » » »

PS : Mes lecteurs comprendront que ce texte est un extrait de mon ouvrage « Guinée : Cette fois, c’est parti ! », publié en Mars 2008 aux Editions L’Harmattan. Les idées sont légèrement remises au goût du jour.

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28 octobre 2008

L'Afrique : Du hameau de culture au bouillon de culture !

Tassyl

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Je l’avais déjà noté quelque part, je ne me rappelle plus où : 

« En matière d’économie, nous sommes un hameau de culture; en matière de politique, nous sommes un bouillon de culture ».

L’assertion m’a valu et risque encore de me valoir toutes les foudres du nationalisme ombrageux. Mais il faudra s’y faire. Question de décryptage !

Je commencerai donc par vous ennuyer avec une incursion dans les rayons tortueux de l’étymologie et de la sémantique. Les petites définitions pouvant souvent permettre d’accorder les violons discursifs,  je m’en vais prendre ma déclaration aux mots.

Et on va rôder au tour du mot « culture ». Parce qu’il figure dans les deux manches de la phrase, il peut facilement créer des liens diffus et noyer la précision. Le mot « culture » est en effet, multi souche et transversal.

On le retrouve de l’éducation physique (culture physique) à l’expression artistique. Il nous promène vers la somme des connaissances, les acquis intellectuels, le savoir-faire, les traditions, us et coutumes, bref, les civilisations.

Il pointe surtout le nez dans l’agriculture (culture vivrière, maraîchère…), dans l’élevage (culture des huîtres, des saumons…) et aussi, dans la biologie (expérimentations in vitro d’échantillons organiques : bactéries, ovocytes…).

Et voilà ! Dans mes pensées, nous retiendrons simplement –et arbitrairement ?- deux cas de figure qui peuvent nous aider ici, à faire prospérer le débat et la compréhension : les domaines de l’agriculture et de la biologie. Je les cale bien donc, et je me  reprends :

« En matière d’économie, nous sommes un hameau de culture; en matière de politique, nous sommes un bouillon de culture ».

Et comment alors ?

Le hameau de culture, dans l’Afrique ancestrale, c’est l’équivalent de ce que l’on nomme de nos jours, le champ, la ferme ou la plantation, cet espace agricole ou d’élevage, toujours situé hors de la ville, ou même du village, et servant de grenier productif, de vivrier des citadins ou des villageois. Le hameau de culture trouve ainsi toute son importance (et le choix du site en dépend) à travers la fertilité de son sol et la générosité de ses prairies, de son paysage.

Le hameau de culture ou le champ était généralement saisonnier (le temps d’une culture). Il ne prendra (parfois) des allures de sédentarisation, que lorsqu’il est la propriété d’un chef, un roi, un souverain… Il sera alors habité par des sujets, campés là, pour justement assurer le grenier royal.

Dans l’un ou l’autre de ces cas, la remarque importante est que le hameau de culture ne bénéficiera jamais d’aménagements solides (édifices d’habitation ou de loisirs par exemple). Dans les zones rurales de Guinée, « l’habitat » dans le hameau de culture ou champ tient généralement en des abris précaires contre la pluie ou le soleil, souvent des huttes en tiges, en lianes ou en paille.

Ce caractère précaire des aménagements dans le hameau de culture tient moins de son importance de rentabilité, que de son statut passager. Ainsi, on y apporte plus de soins aux outils de production et –parfois- à la main d’œuvre, qu’aux installations de résidence. Parce qu’on est sensé ne jamais y résider définitivement ! Il s’agira donc d’en tirer, au plus vite, le maximum de profit, quitte à y laisser des saccages environnementaux. D’ailleurs, qui s’en émeut ?

Cette image du hameau de culture est exactement le reflet et l’effet que me donnent aujourd’hui notre continent, et nos différents territoires dits souverains. L’Afrique est, en effet, un vaste    grenier de richesses naturelles et humaines. Une nomenclature ressassée de ses immenses ressources ne ferait qu’engorger ce paragraphe et estomaquer les plus « nationalistes ». Je m’en abstiens !

Mais posons-nous la question : Depuis que nous sommes rendus responsables de NOS richesses, qu’en avons-nous fait pour permettre à nos peuples de vivre plus décemment qu’avant ?

Je me retiens fermement de rappeler ces redondants slogans sur « la traite négrière et son inhumain commerce triangulaire » ou encore « l’occupation coloniale ». L’échappatoire est vite trouvée pour les tenants des cris de foule !

Tous ces systèmes, si vous avez suivi mon raisonnement, n’ont évolué sur nos terres que dans le schéma du « hameau de culture ». Les édifices solides et voyants étaient des factoreries, des résidences de cadres coloniaux, si ce n’est des fortins ou des cachots. Les ports, les routes, les rails et les gares étaient dans le même catalogue de l’utilitaire drainant.

Mais depuis cinquante ans, depuis que nous avons renvoyé ces « sales colons » chez leurs mamans, quelle démarche nos successives et multiples équipes dirigeantes ont-elles entreprises pour nous sortir de l’ornière, si ce n’est perpétrer et amplifier le schéma du « hameau de culture » ?

Combien sont-ils, depuis l’ère des indépendances, à garnir les banques extérieures, à s’octroyer et à entretenir des résidences en Occident, tout en enrichissant les fiscs de ces pays ? Combien sont-ils qui ont, d’une manière éhontée, bradé ou hypothéqué nos ressources au profit de l’étranger, et qui continuent à se recycler, de génération en génération, à la tête de nos Etats pour perpétuer cette démarche avilissante et choquante ? 

En matière d’économie, nous sommes un hameau de culture ! On continue à nous traire sans jamais rien réaliser de solide pour nos pays, et ceci, cette fois, avec la complicité agissante des dirigeants que nous avons choisi pour nous défendre.

En matière de politique, nous sommes un bouillon de culture ! Et ceci explique cela. Voyons nos Etats sous cet angle, et c’est l’effarement devant la misère intellectuelle et morale. Nous ne sommes que des consommateurs de slogans et de projets emballés. Des adeptes indécrottables du prêt-à-porter.

La Révolution ? On est prêt. Le socialisme ? Ok, patron ! Le Communisme ? Rien de mieux ! La démocratie, le multipartisme ? On y était avant La Baule ! Le FMI, la Banque Mondiale, les experts de nos maux ! Le Partenariat de libre échange, on y sera plouf !

Et lorsque dans les bocaux expérimentaux de nos « maîtres à penser », certaines fusions échouent et conduisent à des réactions d’ébullition, des slogans sont encore concoctés sur mesure, et que nous clamerons à gorge déployée, sans même nous rendre compte que nous chantons nos propres misères. Allo, là ! « Les émeutes de la faim », c’est quand déjà ? C’est où… ? Comment et à partir d’où, çà se fabrique d’ailleurs « un chef de guerre » ? « L’homme fort de tel ou de tel » ? Et puis, quand le ruisseau a tari, « Le locataire des geôles du TPI à La Haye » ?

Les africains doivent se réveiller et commencer à penser par eux-mêmes, pour eux-mêmes !

Mais d’ici là, pourquoi donc, ne vais-je pas persister et signer ? « En matière d’économie, nous sommes un hameau de culture ; en matière de politique, nous sommes un bouillon de culture ».

Les tocs dans les produits de consommation, les produits pharmaceutiques ratées ou périmés, le riz pourri, la sardine ou le corned-beef rassis…, ce sera bien sûr, une autre paire de manches.  Mais quelle différence ces crimes alimentaires et sanitaires ont-ils avec des contrats iniques sur nos ressources minières, ou des schémas et slogans importés et calqués sur des nations qui célèbrent leur 200 ou 300 ème année de pratiques huilées par des générations ?

A pas forcés vers le bien-être ou vers… le chaos général et des ruines à rebâtir ? A chaque peuple sa culture et donc… sa cadence !

Fodé Tass Sylla
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Vos commentaires

camara aboubacar, vendredi 31 octobre 2008

Voilà en fin une réflexion d’intellectuelle. Toi au moins tu nous éclaires la voix au lieu de nous éblouir en nous extorquant nos maigres ressources. Ils sont nombreux et très nombreux à partager cette analyse. Mais seulement voilà ! Une fois aux affaires, ils sont victimes d’un spectaculaire et miraculeux lavage de cerveau. La réal politik les rattrape. Ils perdent tout courage de défendre leur conviction et l’aspiration réelle des populations. La clef du salut est rangée aux oubliettes au profit des théories galvaudées des institutions du Bretton Woods, l’égoïsme et l’envie de partager les salons avec ’’ les plus grands pays de ce monde’’. HasKhin !

tutankhamon, mercredi 29 octobre 2008

MR SYLLA,ceci pourrait etre le titre de votre prochain livre pour mieux encore eclairer la difference de ces deux culture aux guineens qui confondent toujours les deux. Merci de cet article

Amadou Damaro CAMARA, mardi 28 octobre 2008

Mon cher Tass Comme il n`y a pas de regle sans exception sinon il y a si peu de bonne graines parmi les Sylla. Enfin en voici un.Bravo

dieng, mardi 28 octobre 2008

J`admire vos articles Monsieur,je ne vous flatte pas mais je pense que vous vivez en Guinee et savez ce qui s`y passe, de quoi nous souffrons.La grande question qui se pose aujourd`hui est la suivante: comment changer la donne? A voir nos scietes aujourd`ui on se demanderait quelle difference entre l`ere coloniale et celle des independance? Je crois que ce sont deux formes de colonialisme toujours complices! si ces sont les nouvelles methodes, les nouvelles technologies, les nouvelles manieres de voir et de faire les choses qui ont developpe les autres nations, alors nous sommes loin derriere la case de depart. C`est dire que mon petit fils sera heureux si cet espoir m`est permis.

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28 décembre 2008

Guinée : Cette fois, c’est parti et... bien parti !

« Cette fois, c’est parti ! », tel est le titre prémonitoire que j’ai donné à l’ouvrage que156467 j’ai publié,  il y a seulement 10 mois (en Mars 2008), aux éditions L’Harmattan. Un document que mon frère et ami Alpha Sidoux Barry a magistralement décortiqué sur le site guineeactu.com, le 10 septembre dernier, sous le titre, tout aussi prémonitoire : « Ce n’est que partie remise ! ».

Depuis Lundi dernier, 22 décembre 2008, l’Histoire de la Guinée semble avoir pris le sens indiqué par ce document-témoignage sur le système Conté, ce schéma achevé de « l’errance politique » et de « l’immobilisme vorace et insouciant ».

Depuis Lundi dernier, en effet, le Général Lansana Conté, architecte principal de ce système et instrument usité et usé de la « farandole des médiocres » et du « festin des rapaces », a enfin tiré sa révérence.

Lansana Conté est mort ! La nouvelle était attendue de tous. On en était même arrivé, à contre courant de toutes nos valeurs culturelles et religieuses, à souhaiter cette mort. On était même descendu, plusieurs fois ces dernières années, dans la rue pour provoquer cette mort de Lansana Conté, à défaut de son hypothétique et impossible départ par la voie constitutionnelle.

Cette disparition, la majorité des guinéens l’a, plus ou moins, souhaitée un jour ou l’autre. Oui bien sûr, la mort d’un être humain, comme nous. Ashtakh firoulaaahi !! Mais…

Lansana Conté est donc mort de sa belle mort. Paisiblement couché dans son lit, en sa résidence du Camp Samory Touré. Avec à son chevet, en cet ultime instant, son égérie de tous les instants décisifs : Henriette Conté. Triste et inquiète, mais certainement soulagée.

Lansana Conté est mort de sa belle mort. Pas de façon violente, comme le souhaitaient ardemment les plus extrémistes de ses adversaires, c'est-à-dire, la plupart d’entre nous.

Lansana Conté aura ainsi, comme il l’a toujours réussi, déjoué tous les pronostics en se jouant de tous les schémas préétablis. Et en cela, le destin est encore venu à son secours, comme il sait souvent le faire, ce destin, lorsqu’il s’agit de ce pays nommé la Guinée.

Le destin a décidé que cet homme sera rappelé à Dieu, à partir de son poste de Président de la République, Chef de l’Etat, Commandant en Chef des Forces Armées, Président du Parti de l’Unité et du Progrès (PUP, parti au pouvoir), Président de la Chambre Nationale d’Agriculture de Guinée… et j’en passe !

Le destin a décidé que cet homme nous quittera sans avoir assuré le peuple de Guinée sur les lendemains immédiats de sa disparition. Et c’est là, justement que se situaient tous les risques et tous les enjeux :

Cont__Lansana- Qui pour remplacer Lansana Conté ? Comment lui succéder ? Par quels instruments juridiques ? Par quels processus, sans anarchie et sans effusion de sang supplémentaire ?

L’on comprendra aisément donc, que dans les minutes qui ont suivi l’annonce de ce décès, et toute la nuit durant, les Guinéens, de l’intérieur comme de l’extérieur, ont valsé, le cœur battant la chamade, entre la tristesse pour les uns, le soulagement pour d’autres, mais et surtout, le désarroi et la noire inquiétude pour chacun et tous.

Chaque Guinéen, pour peu qu’il soit conscient et responsable, ne pouvait fermer l’œil de toute la nuit, en ce 22 décembre 2008 !

Je ne parle pas des premiers concernés par l’évènement : les membres du cercle familial et du gouvernement, tous noirs de stress et rabougris par la hantise, au même degré que par le chagrin. Je parle du guinéen lambda, incertain sur ce que lui réservaient les heures qui suivaient, après ce départ définitif prévu-imprévu du Chef de l’Etat.

Une nuit de cauchemars éveillés et de frissons infinis, je vous dis ! Une nuit où, à la fin, l’on se rend compte que rien de tout ce que l’on possède n’a de valeur par rapport à la paix du cœur et la liberté de mouvement. On tournoie dans le salon, on arpente la chambre, avec un regard de tristesse et de dépit envers le lit. On pèse la futilité de tous ces objets familiers que l’on serait obligé de porter sur la tête, bientôt, pour d’autres cieux aussi incertains qu’inconnus. On rage et on peste contre tout ou rien, pendant que cette télévision continue à égrener ses litanies, avec les voix trop longtemps entendues, et plus que lugubres ce soir, de Aboubacar Somparé, Président de l’Assemblée Nationale, Ahmed Tidiane Souaré, Premier Ministre, Chef du gouvernement et le Général Diarra Camara, Chef d’Etat-major général des Armées : « … le profond regret de vous annoncer le décès, ce jour… ». Oh Dieu, oh merde de merde !

Et très tôt dans la matinée de ce 23 décembre, le visage bouffi et les tympans écorchés, à force d’être restés collés au transistor, le coup de massue fulmine : « … Chers compatriotes, tes forces armées nationales… !!!! » On s’y attendait, bien sûr ! On l’espérait même, mais pas si tôt…

Et alors, le cauchemar prend violemment un goût mi-aigre-mi-doux ! N’est-ce pas Sidoux ? On dit mi-figue, mi-raisin ? Bien…, mais en attendant, moi je tremble, mon vieux !

Ainsi, les militaires guinéens n’ont pris que cinq petites heures pour mettre fin à notre deuil, que le gouvernement a annoncé sublime et exceptionnel. Cinq heures seulement, et encore, le destin de la Guinée bascule dans un tout autre schéma !

Nous voici désormais dans l’expectative la plus instable : quelle est cette voix qui vient de nous interpeller si gaillardement ? C’est quoi ce Comité National pour la Démocratie et le Développement ? Que nous réserve, dans les heures qui suivent, cette nouvelle donne ?…

Et l’on commence à crouler sous les rumeurs, des plus farfelus aux plus stressants. On se perd en conjectures tandis que ce communiqué continue à tambouriner les haut-parleurs des transistors, hissés au maximum pour ne rien perdre des mots, et nos tympans déjà bourdonnant de sommeil, de lassitude et de frousse.

On append que là-bas, sur les frontières voisines de la Sierra Leone et du Libéria, les autorités de ces pays ont bouclé les passages, et commencent déjà à aménager des espaces pour recevoir les éventuels réfugiés guinéens. On apprend que d’autres pays préparent des troupes de mercenaires pour envahir la Guinée, et rétablir « l’ordre constitutionnel ». On apprend…

C’est RFI qui s’y met là, et on fait le silence pour écouter attentivement. La Président de l’Assemblée Nationale, Aboubacar Somparé, d’une voix calme, rassure qu’il n’y a pas péril en la demeure : « … Ce n’est qu’un petit groupe de militaires isolés, les loyalistes vont bientôt reprendre la situation en main… ».

Ahmed Tidiane Souaré, le Premier Ministre renforce en déclarant que son « gouvernement n’est pas dissout » et que lui-même est à son bureau ou il continuerait à travailler. Ah, bon ?!

Mais au fil du temps, les populations, cloîtrées dans les habitations ou scrutant prudemment l’horizon, finiront par se rendre à l’évidence que toutes ces déclarations gaillardes de nos autorités n’étaient que de monstrueux bluffs, dans la veine de ce dont on a eu droit toutes ces années durant. Le doyen Bâ Mamadou a tôt fait d’ailleurs par le confirmer…

Depuis une semaine donc, depuis Lundi dernier 22 décembre 2008, la Guinée vit dans cette nouvelle aventure, renforçant au jour le jour, la certitude que cette fois, c’est parti !

Les preuves ?

-        Tous s’attendaient à ce que les tractations entre les putschistes pour le choix d’un président, se terminassent en pugilats ou, pire, en massacre. Ils ont fini par s’entendre !

-        Les populations ayant en aversion les forces de défense et de sécurité, tous corps confondus, depuis les évènements de 2007 et du début de cette année, l’on était fondé de s’attendre à un rejet populaire de ce coup d’Etat. La parade triomphale effectuée par les militaires du CNDD et leur président, à travers les rues de Conakry le 24 Décembre, sous les ovations des foules guinéennes, est un signe éloquent que ces populations ont déjà scellé la réconciliation avec les hommes en uniforme.

-        Les coups d’Etat produisant généralement des drames de sang, surtout envers les dignitaires du régime déchu, la convocation, avec menaces, des membres du gouvernement au Camp Alpha Yaya, laissait planer des ressentiments macabres. Le Premier Ministre, Ahmed Tidiane Souaré et son équipe au grand complet, se sont rendus sur les lieux le Jeudi 25 décembre, ont écouté le Président du CNDD, ont fait allégeance aux nouvelles autorités et s’en sont retournés, chacun à son domicile, avec escorte sécuritaire.

-        Les plus sceptiques s’attendaient au renvoi sine die des funérailles du Chef de l’Etat défunt ou alors, à des obsèques simplifiées, camouflées ou musclées. Il n’en a rien été. Non seulement la date du Vendredi 26 décembre a été respectée, mais aussi et surtout, la Guinée et ses illustres hôtes (dont le Président de l’Union Africaine, Jean Ping, le Président de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas, les Chefs d’Etat du Libéria, de la Côte D’Ivoire, de la Sierra Leone, de Guinée Bissao …) ont pu rendre, sans aucun incident malheureux, un hommage national exceptionnel au Général Lansana Conté, depuis sa résidence du Camp Samory Touré jusqu’à son village natal de Moussaya (à 134 km de Conakry), en passant par le Palais du Peuple, le Stade du 28 Septembre et la Grande Mosquée Fayçal.

-        Les déclarations de certains pays et organisations internationales dès les premières heures, condamnant ce coup de force et les menaces de sanction annoncées, ont fait douter plus d’un, quant à la concrétisation de cette entreprise des putschistes de Conakry. Mais à l’observation, l’on commence à se rendre compte que ces « déclarations de principe » sont loin de faire effets : chacune de ces institutions ou pays étant suffisamment au bain de la pourriture de la situation guinéenne ces dernières années, et singulièrement, en Janvier-Février 2007. Le Président sénégalais, Me Abdoulaye Wade, a déjà pris la tête de la croisade pro-guinéenne, et des institutions comme la CEDEAO et l’OIF font des yeux doux depuis ce weekend.

-        Enfin –et le plus important- les acteurs de la scène politico-sociale guinéenne (leaders des partis politiques, des syndicats, de la société civile, des coordinations régionales, les notabilités musulmane et chrétienne) semblent avoir unanimement donné leur onction tacite d’abord, plus ouverte ensuite et nettement enthousiaste, ce Samedi 27 décembre, lors de leur première rencontre publique avec le CNDD. Le ton et les termes du discours du capitaine Dadis Camara ont visiblement rallié les différentes composantes de la nation, présentes à ce rendez-vous. Quid des impressions des leaders comme Alpha Condé, Sidya Touré, Rabiatou Sérah Diallo, Jean Marie Doré, Cellou Dalein Diallo, Charles Pascal Tolno… sur les différentes chaînes de radio et de télévision nationales et internationales, qui ont largement couvert la rencontre dans la cour de l’Ecole Nationale Interarmes au Camp Alpha Yaya. 

Ainsi vu, une nouvelle page de l’Histoire est entrain de s’écrire en Guinée. Sans aucune effusion de sang et sans aucun acte de vandalisme, de Boké à Mandiana et de Yomou à Koundara.

Cette dynamique nouvelle est dans la ligne tant recherchée par les différentes revendications et manifestations, parfois violentes et meurtrières, que ce peuple, si calme et si digne dans la souffrance, a été souvent obligé d’entreprendre ces dernières années face à l’incurie de ses dirigeants.

Il ne reste plus qu’à nous, chaque guinéen, chaque guinéenne responsable et soucieux de la quiétude sociale et du décollage économique de notre pays, d’encadrer ces jeunes officiers, tous novices sur le terrain politique, en leur apportant nos conseils francs, désintéressés et constructifs.

Car, après avoir confié ce Samedi, aux différents acteurs de la scène publique guinéenne, la haute et noble mission de tracer les contours du nouveau « projet de société » dont la Guinée a besoin à ce jour pour s’en sortir, et d’en définir les étapes et les échéances, tout dérapage ou tout échec de cette équipe, sera considéré, cette fois, comme une faute collective devant la Nation et les générations futures.

Et si certains de nos compatriotes expriment encore, malgré tout, des doutes sur les intentions réelles de ces officiers, il serait plus sage de « prendre l’animal au pied de l’arbre. »

La Guinée de 2008 n’est plus celle de 1984. Et tout cet aréopage de responsables guinéens, aux intérêts si divers, massivement mobilisés Samedi devant les officiers du CNDD, ne peut entrer subitement, comme par enchantement, dans une amnésie collective ou une conspiration commune contre le peuple de Guinée.

C’est du moins ce que je pensais, en sortant de cette réunion, le nez en l’air et les oreilles égaillées, semblant entendre, à chaque pas, la cadence de l’engagement et de l’espérance : « Cette fois, c’est parti ! ».

Fodé Tass Sylla

Rédacteur en Chef

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31 décembre 2008

Kabiné Komara : Un exceptionnel pedigree international au service de la Guinée !

PM_Komara_avec_gouvernement_ce_LundiLe Conseil National pour la Démocratie et le Développement a nommé hier Mardi 30 Décembre 2008, dans les hautes fonctions de Premier Ministre, Chef de Gouvernement de Guinée, le banquier Kabiné Komara. Un homme déjà repéré et proposé en Février 2007, à ce prestigieux poste, par les forces vives de la Nation, au sortir des journées de plomb qui ont enclenché le processus irréversible du Changement en Guinée. Mais qui est exactement Kabiné Komara ?

Le voici donc, Kabiné Komara, allure altière, démarche décontractée, des yeux malins sur un nez franc, rehaussé d’une lèvre nettement imposante et facilement rieuse, même si elle semble faire la moue, un début de calvitie qui n’en finit pas d’être, toujours, en interminable tiraillement avec des cheveux invariablement noir.

Kabiné Komara est un banquier. Mais cela, on le sait déjà, puisqu’il a été nommé alors qu’il était en poste au Caire, en Egypte, où il assumait, depuis Décembre 2003, les hautes fonctions de Directeur du Département des Services Administratifs et du Patrimoine de la Banque Africaine d’Import/Export, en abrégé Afreximbank.

Né en 1950, dans le quartier Koréyalen, en plein centre-ville de Kankan, la capitale de la Haute Guinée, et baptisé le jour-même de l’inauguration du célèbre pont sur le fleuve Milo, Kabiné Komara traine derrière lui, 33 ans d’expérience dans les domaines de la finance internationale et de la gestion bancaire, des négociations internationales (bi et multilatérales), de conception et mise en œuvre de programmes et projets de développement dans les secteurs agricole, socioéducatif, énergétique, hydraulique, communication et télécommunication, infrastructures routières…

La restructuration du secteur parapublic, la promotion et le financement du secteur privé, la création et la gestion des entreprises sont également des flèches à l’arc de cet assoiffé de perfectionnement continu.

Après son Kankan natal, c’est à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry (IPGANC) que Kabiné Komara démarrera, en 1973, son profil de vie, à l’Ecole Nationale d’Administration. Il empoche son diplôme de Maîtrise en Gestion et Comptabilité, et le voici parti pour d’autres amphithéâtres universitaires, tout aussi prestigieux :

-        Université de Colorado, USA (Economics Institute de Boulder). Il en sort Major de la promotion en 1992, avec Mention Excellente et le Certificat d’Economie Monétaire.

-        Institut Bancaire du Caire (Université Américaine), en 1997 : Diplôme Professionnel de Gestion et Investissements bancaires.

-        Ecole Supérieur de Commerce de Rennes (France) : MBA (Master Business Administration) avec Distinction, dans la filière Préparation de Plan Stratégique.

Kabiné Komara renforce permanemment ce background à travers de multiples stages théoriques et pratiques en gestion de trésorerie à la Banque Crédit Suisse de Zurich (1975), l’Institut Supérieur des Affaires à Paris (1981), en Gestion des Contrats internationaux et Logistique (HEC, Paris, 1982), en Gestion internationale (Péchiney, France, 1982), en Gestion immobilière, Droit de la Construction et de l’Urbanisme (Paris, 1982), en Gestion Municipale (Mairie de Colmar, France), en Gestion internationale des Ressources Humaines (Alcoa, USA, 1985), Etude de la langue anglaise (Georgetown University, Washington, 1986), en Mise en œuvre de Programmes et Projets de développement (Banque Mondiale, Washington, 1986), en Relance économique et Compétitivité industrielle (Côte D’Ivoire, 1992), en Mécanismes d’attraction des financements directs internationaux (Johannesburg, Afrique du Sud, 2005) …

Revenir sur les multiples missions et contacts internationaux sur le continent africain et à travers le monde, au compte de la Guinée ou d’autres institutions continentales ou mondiales, serait certainement fastidieux ici.

On retiendra simplement que le nouveau Premier Ministre guinéen, Kabiné Komara a débuté sa carrière administrative comme Inspecteur financier à l’Inspection Générale d’Etat (Présidence de la République) en 1973. Il passera ainsi par la Banque Centrale (Office Central de Compensation, Chef de service Compensation) avant d’emmancher un séjour remarquable dans les sociétés minières.

Il entrera ainsi en Mai 1975 à la Société Friguia (Frialco-Péchiney-Guinée), comme Conseiller financier auprès du Directeur général. Il gravira rapidement les échelons de cette Société pour devenir, en Août 1976, Directeur Administratif pour neuf années sans interruption.

Entre Août 1984 et Septembre 1986, Kabiné Komara est à la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), dans la région de Boké, en qualité de Directeur Adjoint du Département « Personnel et Africanisation ». Il y imposera, entre autres, la restructuration des services, la rationalisation et la formation des effectifs, en même temps que la mise en place d’un système motivant de rémunération du personnel. Tout ce dont le travailleur guinéen a plus que soif aujourd’hui !

Kabiné Komara revient dans l’Administration publique en Novembre 1986, comme Directeur National des Investissements Publics au Ministère du Plan et de la Coopération Internationale. Et c’est là, que pendant cinq ans, il affinera ses connaissances des rouages politiques et financiers de l’Etat guinéen, ainsi que les multiples négociations avec les partenaires bi et multilatéraux.

Le nouveau Premier Ministre a été membre, de Mars 1991 à Février 1992, du Conseil National de Redressement National (CTRN), l’organe qui a préparé tous les textes de lois de la Guinée du multipartisme, dont justement, la Loi Fondamentale.

En Février 1992, il arrive au Ministère des Finances et du Plan où il a la charge de Conseiller Economique du Ministre. Il est directement ainsi, l’interlocuteur central des institutions internationales comme celles de Brettons Wood.

Et à partir de 1995, commence pour Kabiné Komara le volet international, avec son arrivée à la Banque Africaine d’Import/Export, basée au Caire, en Egypte. Il y est resté  huit ans durant, Chef du Service puis Directeur du Département des Services Administratifs et du Patrimoine, Président du Comité de stratégie, vice Président du Comité de Budget, jusqu’à ce Mardi, 30 Décembre 2008, lorsque la Patrie le rappelle à son service, au poste, aussi  envié que contraignant, de Premier Ministre, Chef du Gouvernement.

En ce 31 décembre 2008, le Premier Ministre Kabiné Komara est déjà plongé dans les tractations pour composer, en toute urgence, une équipe gouvernementale capable de répondre aux aspirations profondes des populations guinéennes. Un challenge qu’il lui faudra nécessairement réussir, au regard de la situation délétère du pays. Et puisqu’il y va de l’intérêt supérieur de la Guinée et de chaque guinéen et guinéenne, tous nos vœux de lucidité et de rigueur accompagnent Kabiné Komara dans ce travail historique.

Fodé Tass Sylla

Rédacteur en Chef 

     

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04 janvier 2009

Non, cette fois, tu ne m’auras pas !

Depuis, le 22 décembre dernier, avec la mort du Président Lansana Conté, et surtoutSylla_F, depuis le 23 décembre, avec l’arrivée sur la scène politique guinéenne, de jeunes militaires, totalement novices en gestion d’une machine aussi lourde et aussi complexe qu’un Etat, les grands fauves et les petites souris, tous à la fois, sont encore sortis des buissons, où ils faisaient leurs guets depuis la semaine incertaine du décès.

Les voici donc qui rappliquent, isolément ou par troupeaux entiers, ces fauves assoiffés de pouvoir ou de positions privilégiées, pour un autre dépeçage en règle de nos ressources communes.

Les voici encore, ces hordes de souris, monter à l’assaut des nouveaux forts du moment, pour se positionner rapidement, en vue du grignotage insatiable de notre patrimoine commun.

Ils sont sortis des fourrés, ces cyniques rapaces, tenants insatiables d’un système vorace et insouciant. Ils ont déguerpi de Kaloum, de Boulbinet, de Sékoutouréya, du Camp Samory… Ils galopent désormais, de l’aube sonnante au crépuscule tombant, vers le Camp Alpha Yaya Diallo, en haute banlieue, résidence du CNDD.

Comme des essaims d’abeilles attirés par le baume des fleurs, ils sont là à humer l’odeur du pouvoir. Ils s’enivrent de ses relents, s’entichent de ses senteurs, bavent de son arôme et, toujours harponnés par leurs obscurs intérêts, virevoltent au tour du nouveau tabernacle, avant de s’abattre goulûment sur les éventuelles proies.

Mais, cette fois, je te dis, pêcheur en eau trouble, tu ne m’auras pas !

Tu ne m’auras pas, parce que, depuis si longtemps que tu ne fais que ce que tu fais, en tout lieu et en toute circonstance, sans recul et sans vergogne, tu es devenu trop visible : gros comme le nez au milieu du visage.

Non, cette fois, tu ne m’auras pas ! Toi, coquille de politicien, vivant de slogans éculés et de harangues insensées et incendiaires, juste taillés sur mesure pour m’éblouir, tissés de haine et de division, entrelacés d’attaches ethniques, de nœuds racistes et de boucles régionalistes.

Tu ne m’auras pas ! Politicien sans aucun projet ni programme de société, juste arcbouté sur le socle de l’ethnie, refuge des faibles et des médiocres, berceau des pédants et des limités professionnels et sociaux.

Tu ne m’auras pas leader satanique, toujours à la quête d’une troupe tribale, parce que, naturellement non compétitif, tu ne peux revendiquer aucun autre mérite, aucune autre expertise, aucun charisme mobilisateur.

Non, cette fois, tu ne m’auras pas ! Tu ne m’auras pas, moi, homme de Guinée, moi, femme de Guinée, moi, Guinéen d’aujourd’hui et de demain, et de toujours. Tu ne m’auras plus, parce que je t’ai vu… et je te vois.

Je t’ai vu à l’œuvre, leader d’opinions, harangueur de foules, draineur de masses. Tu m’as fait tellement de promesses, tu mas cultivé tellement de joies éphémères et d‘espérances vaines ! Et puis après, face à l’amertume que tu lisais sur mon visage, tu m’as abreuvé de tellement de haine contre l’autre, cet autre dont tu as fait (souvent et toujours) le bouc émissaire de tes errances, de tes carences, de tes échecs.

Cet autre qui, au fond, n’était, n’est et ne sera qu’un élément de ma Famille-Guinée, un frère à moi, une sœur à moi, mes partenaires naturels dans le combat commun pour le décollage économique de notre pays !

Tu m’as dit, et fait comprendre, et accepter, que c’est eux, les causes de ma misère personnelle et celle des miens, eux, mes affameurs, eux, mes ennemis… à éviter comme la peste, à combattre sans répit, à abattre sans pitié !

Tu m’as dit que mon ethnie est la meilleure, la plus noble, la plus grande, la plus intelligente, la plus belle, la plus forte, mais aussi la plus menacée, la plus…. Oh basta !

Pour ta cause personnelle, pour ta jouissance animale, pour tes ambitions machiavéliques, tu m’as instrumentalisé, tu m’as chosifié, tu as chloroformisé mon esprit, étouffé ma lucidité, étranglé ma personnalité. Tu m’as arraché mon cœur d’humain, mon cœur de Guinéen, mon cœur d’Africain. Tu m’as programmé comme un robot, à ne plus pouvoir voir de moi-même, à ne plus apprécier les situations et les réalités. Tu m’as programmé à haïr et à broyer du guinéen. Oh, Dieu !

Mais, aujourd’hui je te dis : cela c’était hier !

Je te dis, cette fois, tu ne m’auras plus ! Tu ne m’auras plus, parce que je ne te laisserai plus faire, je ne me laisserai plus faire.

Cette fois, tu ne m’auras pas, parce que de ce pas, je vais au Camp Alpha Yaya. Je m’en vais dire aux jeunes soldats du CNDD :

« Attention, mes gars, attention… ils sont encore là ! Celui-là qui, un jour, jurait, par Sékou Touré, et un autre jour, le blasphémait, puis, jurait par Lansana Conté, et aujourd’hui... »

Ils sont là, les faucons de tous les régimes. Ils sont encore là, ceux qui ont leurré Sékou Touré et s’en sont beurré. Ils sont là encore, ceux qui ont noyé Lansana Conté et s’en sont vanté, avant même les funérailles.

Ils sont là, les silures de toutes les républiques. Ils sont encore là, ceux qui, depuis cinquante ans, se sont mués en virtuoses de toutes les acrobaties et de tout retournement de veste, pour surfer au perchoir et racler à la mangeoire, sans scrupules ni dignité.

Ils sont là, les causes et acteurs vivants de toutes les échecs et de tous les drames de la Guinée, au clair comme au noir, et… ils sont encore et toujours là !

Je dirai aux jeunes soldats du CNDD : "Oui, chacun de nous a un parent qui nous a, un jour ou l’autre, soutenu. Oui, chacun a une relation qui nous a, un jour ou l’autre, aidé dans notre carrière ou dans la vie tout court. Oui, cette personne-là peut faire partie de ces dignitaires de tous les régimes passés. D’accord !..."

Mais, devant les défis urgents et incompressibles qui nous interpellent aujourd’hui, il serait sage et responsable de renouveler, de fond en comble, la gouvernance de l’Administration et de la superstructure politique de ce pays.

Il s’agira, pour les nouveaux dirigeants, de se prémunir de courage et de dextérité, pour dire et faire comprendre à ces parents et autres relations, que l’on ne peut plus faire du neuf avec de l’ancien. Autrement, l’on ne ferait que porter la chaussure sur des épines.

Et alors, sans un seul soupçon d’ingratitude, mais aussi sans acrimonie ni hypocrisie, on leur aura fait comprendre que le destin de la Guinée exige que l’on se passe désormais des nominations par cooptation ou par copinage, pour célébrer enfin le mérite et l’excellence.

Ainsi dit et ainsi fait, la nouvelle Administration se sera débarrassée des pesanteurs habituelles et nocives comme la parenté (même incompétente), l’ethnie (même rétrograde) ou le copinage (même immoral). Les postes et autres responsabilités seront ainsi fonction, non pas du « barakkalauréat », comme ils aiment le dire, mais bien du baccalauréat, non pas du « neveu-de-la-femme-de-Mr. Excellence », mais du « que-sais-tu-faire-exactement ? ».

Tu commences à comprendre que cette fois, tu ne m’auras pas ?... Non !?

Bon, alors, allons au sérieux du détail !

Je dirai aux jeunes officiers du CNDD : « Attention à nos gros commerçants, ces opérateurs économiques, frileux trafiquants sous Sékou Touré, impitoyables spéculateurs et imbattables corrupteurs sous Lansana Conté. Ils ne comprendront aucun autre message, si ce n’est celui des règles régaliennes de la force publique. Ceux-là que mon ami Oscar du Lynx a surnommé « Opérateurs comiques », sont en fait des « opérateurs dramatiques », dès que le pouvoir les prendra en copinage. Ils ont pris le pli du brouhaha, du dérèglement, de la corruption et de l’impunité, à un point tel, durant ces vingt dernières années, qu’ils ne savent plus faire du vrai commerce, si ce n’est bluffer le fisc et multiplier les prix au gré de l’humeur et de la tête du client. Leur parler n’aura aucun effet d’amélioration. On les a souvent vus à l’œuvre avec Lansana Conté. Ils ont, depuis longtemps, transformé les marchandises, et en particulier le riz et le carburant, en des armes de déstabilisation du régime. »

Je dirai au CNDD : « Attention aux coursiers des sociétés minières ! Toutes ces compagnies qui opèrent, à ce jour, dans les mines de ce pays, sont toutes devenues des caisses financières personnelles ou familiales. Depuis Sékou Touré déjà, certaines familles s’y sont assurées des prébendes héréditaires. Et cet état de fait s’est empiré sous Lansana Conté, et ne vous attendez pas, là non plus, à la vertu des belles paroles ! C’est un monde de caïmans, avec de véreux sous-traitants locaux et de puissants lobbys internationaux, complices actifs, faiseurs et défaiseurs de régime, selon leurs intérêts nettement loin des nôtres. »

Je dirai que, pendant que je parle de caïman, les eaux poissonneuses de Guinée n’arrivent plus à pourvoir la marmite du guinéen, mais garnissent plutôt les grandes tables d’Europe, d’Asie et d’ailleurs, avec des « poissons nobles » pour les devises et le résidu pour nos marchés. « La Guinée importe le poisson comme elle importe le riz ! », a souvent et rageusement crié notre frère Baba Gallé Barry de la Confédération nationale des pêcheurs. En vain ! 

Ce que l’on nomme pompeusement « les armateurs » en Guinée, ne sont en fait, que d’obscurs intermédiaires pour le transbordement en mer et l’évasion de nos ressources halieutiques. Et ils sont légion et… très puissants.

Quoi !? Tu veux que j’arrête là ? Que nenni ! A l’heure des bilans comme à l’heure des bilans !

D’ailleurs, je te vois et j’ai la nausée : toi qui, en tes éphémères moments de puissance, as fait main basse sur ton logement de fonctionnaire, toi qui as tripoté les papiers pour attester que tu as racheté ce domaine et ses dépendances, toi qui as falsifié les documents pour mettre ces patrimoines publics au nom de ton épouse ou de tes enfants, privant ainsi, toutes les autres générations successives de fonctionnaires, de l’insigne privilège dont tu as bénéficié lorsque tu étais à la quête d’un logis.

Non tu ne m’auras plus, toi qui, sans scrupules, as chaque fois dépouillé tes bureaux pour transférer tous les meubles à ton domicile, dès que tu es muté ou dérangé. Toi qui as dévalisé toutes les villas des hôtes dans l’arrière pays, pour équiper tes propriétés. Toi qui as personnalisé les plaques minéralogiques de tous tes véhicules de fonction ou de service, pour les offrir après, aux membres de ta famille et autres sujets de ta cour.

Eh, c’est encore toi que je vois là ? Oh, merde ! Toi qui as volontairement déstructuré le Ministère des Travaux Publics, pour te refiler, à toi-même ou à tes sujets, tous les marchés d’entretien routier à travers des sociétés prête-noms dont tu es le seul patron. Toi qui, dans les sociétés minières, soumets l’ouvrier guinéen à un véritable esclavage mal rémunéré parce que tu interceptes son vrai salaire et t’en sers à travers tes réseaux iniques de sous-traitance.

Tu ne peux plus m’avoir, parce que, là-bas, au Camp Alpha Yaya, face au CNDD, je dénoncerai ces entreprises comme : 

« Valoris » et « Forêt-Forte » qui, depuis des années, rivalisent dans le ravage de notre flore, en engraissant uniquement et cyniquement les dirigeants locaux et nationaux, au détriment de nos collectivités.

"Ciments de Guinée" qui –disons-le maintenant- n’a rien de guinéen que l’écriteau sur l’emballage (le clinker est importé d’ailleurs et, à la Guinée l’ensachage et les prix hors normes, en dépit des exonérations à vous couper le souffle, avec un blocus et un motus acéré sur les immenses ressources en clinker de Souguéta, dans Kindia),

"Moulins de Guinée" (encore un autre bluff qui, à force de lavage de cerveau médiatique, poursuit son ravage financier, sans permettre au guinéen lambda de se procurer une miche de pain à un prix raisonnable),

CBK, Friguia, Arédor, Semafo, Sag…, des tonneaux de danaïdes : des petits avions toujours bien garnis qui partent, chaque jour, directement de Siguiri, Gbènko, Léro…pour des destinations inconnus du guinéen lambda, j’enrage !

Ah oui, je ne peux oublier de rappeler mon port, le Port de Conakry, le seul port commercial que ce pays possède, et que tu as bradé à des roturiers, pour l’amarrer indéfiniment dans une positon d’éternel port secondaire dans la sous-région ;

Je n’oublierai pas ma voie ferrée (Conakry-Niger), la seule ligne ferroviaire de transport public que j’avais, et que tu as sauvagement arrachée, pilée et malaxée dans tes canaris pour tes gourmandes et malsaines libations ;

Et puis, le comble : mon aéroport !!! La seule porte de fière entrée que je possède, et que tu as assujetti à tes réseaux occultes, en imposant sur ses installations, depuis de longues années, un véto exclusif qui le maintient absurdement dans un état de hangar primaire et déshonorant, tout en renvoyant insidieusement la plupart des compagnies aériennes qui le fréquentaient…

Non, je te vois parfaitement bien : toi qui as rageusement asphyxié et démantelé Sogetrag, cette vigoureuse société de transport urbain et interurbain qui nous arrangeait tant, nous les guinéens d’en bas, mais qui empêchaient les taxis de ton épouse et les minibus de la belle-mère de faire des recettes, alors tant pis pour moi !

Toi qui as piétiné le projet de voie ferrée Kaloum-Débélé (36 km) dont j’aurais pu bien profité, parce que moins cher pour le transport des passagers et bagages, mais tu l’as bloqué pour permettre à tes camions-remorques et porte-containers de continuer à faire des profits sur les commerçants et autres unités industrielles en haute banlieue de Conakry.

Tu ne m’auras plus ! Toi qui, en tes positions de gloire éphémère, as profité, en tout délit de faciès, à garnir nos chancelleries, de parfaits troubadours à la formation approximative, et nos résidences diplomatiques de parfaits incultes, des souris de nos maigres ressources en devises, justes bons pour des parades foraines et, tous les jours, attelés avec hargne à des louches transactions, donnant ainsi de mon beau pays, une image de vaudeville avec sa charge de bouffonnerie !    

Je te dis, cette fois, tu ne m’auras plus !

Même si, comme tu l’as déjà commencé, tu envoies des escadrons chez de respectables citoyens guinéens, pour les agresser, les offenser, les humilier et faire porter le chapeau à nos jeunes dirigeants, pensant encore, comme tu en as l’habitude, semer la confusion et lever des troupes de guinéens les unes contre les autres, en vue de continuer à faire prospérer tes sales affaires sur les cadavres de nos enfants.

Non, cette fois, tu ne m’auras pas ! De telles manigances lugubres ne piégeront d’ailleurs, que ceux qui ne se seraient pas donné le temps d’un petit recul, pour déceler tes fourberies habituelles et ton intarissable soif de sang.

Le CNDD veut entrer dans l’Histoire par une transition non barbare et cela ne t’arrange nullement, ainsi que tes fétiches, insatiables vampires !

Mais, je t’apprends que nous, tu ne peux plus nous épouvanter : on n’est plus disposé à jouer au bétail pour canons, comme tu nous as toujours poussé à le faire, pendant que toi, recroquevillé avec femmes et enfants sous ton lit ou arpentant les ruelles sous d’autres cieux, tu attends de compter les victimes, en larmoyant hypocritement sur les tombes, prêt à cueillir les fruits de notre sacrifice dès le retour de l’accalmie.

Non, cette fois, tu ne m’auras pas ! 

Parce que, au fil du temps et des drames, j’ai fini par comprendre qu’il n’y a, en fait, que deux ethnies en Guinée : l’ethnie de ceux qui, depuis l’indépendance nous tiennent en laisse, nous affament, tout en pillant éhontément notre économie, et celle du guinéen qui continue à subir le statu quo de la pauvreté et de la descente aux enfers, instrumentalisé et télécommandé pour des causes dont il est loin de soupçonner les enjeux, brimé et broyé, si jamais il se hasardait à demander des comptes à ses gérants.

Retiens-le pour dit : NON, TU NE M’AURAS PLUS JAMAIS ! 

Et d'ailleurs, il serait mieux pour toi de rentrer chez ta maman, comme te l’ont généreusement recommandé les jeunes officiers du CNDD, pour ne pas provoquer, à force d’insister, le courroux de ceux qui te voient parfaitement dans ton habituel rôle de lézard, c'est-à-dire celui-là qui ne peut grimper qu’en rampant.

Allez ouste, rentre chez ta maman ! La Guinée te rappellera, quand elle aura besoin de toi, et si jamais, elle aurait encore besoin de tes services.

Certaines attitudes trahissent la noblesse, écorchent la dignité, n’est-ce pas Sidoux, mon ami !

Fodé Tass Sylla

Rédacteur en Chef

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